21 oct. 2010, 15:49
13 septembre 2010: Escale à Anchorage
En ce beau matin du 13 septembre, l’Amsterdam arrive tôt à Anchorage pour une longue escale, puisqu’en effet le bateau sera à quai de 7 :00 à 21 :30.
Pour cette escale, plusieurs excursions alléchantes étaient proposées par la compagnie, mais, c’est sans hésitation aucune que nous avions jeté notre dévolu sur celle qui s’intitulait « Discover McKinley/Denali National Park Flightseeing », qui, comme indiqué par le titre, nous promettait un beau tour d’hydravion pour un survol d’une partie du Parc Denali connu comme l’un des plus beaux d’Amérique, pour ne pas dire plus.
Mais avant de vous parler de notre excursion, permettez que je dise quelques mots au sujet d’Anchorage.
En 2008, la population d’Anchorage était estimée à environ 280 000 habitants et 360 000 pour l’aire métropolitaine, ce qui en fait sans contredit la ville la plus peuplée d’Alaska. De fait, après New York, elle est la ville qui regroupe la plus forte population, 40 %, par rapport à celle de l’État.
Géographiquement, la ville, située sur une plaine côtière et s’étendant jusqu’aux pentes des monts Chugach, se trouve à 61 degrés de latitude nord, soit sensiblement au même niveau que les grandes capitales scandinaves que sont Oslo, Helsinki et Stockholm ainsi que la ville russe de Saint-Pétersbourg.
Les débuts de la ville, créée en 1914, sont très modestes. La ville n’est alors qu’un port, un mouillage, petit village de tentes pour la main d’œuvre travaillant à la construction du chemin de fer de l’entreprise ferroviaire Alaska Railroad. La ville connut d’abord de nombreux différents noms avant que l’U.S. Post Office décide d’officialiser le nom en « Anchorage », peut-être le plus représentatif de son origine puisque le mot anglais anchorage signifie mouillage, ancrage?!
Au début, le gouvernement fédéral est responsable de la ville mais les citoyens locaux font pression sur ce gouvernement pour transférer le pouvoir de la ville qui devient municipalité le 23 novembre 1920.
Entre 1930 et 1950, le transport aérien devient de plus en plus important dans la région. De même, à partir des années 1940, avec la Seconde Guerre Mondiale, la présence militaire américaine est renforcée en Alaska, et beaucoup d’investissements militaires se produisent en raison de l’invasion japonaise. C’est ainsi que les Américains construisent la base « Elmendorf Air Force Base » près d’Anchorage. Notons que ces investissements militaires se poursuivent d’ailleurs au cours des années 1950 à cause de la Guerre Froide.
Cela contribue au développement de la ville qui passe de 3 000 habitants en 1940 à 47 000 en 1951, année où l’aéroport international d’Anchorage ouvre et effectue un trafic aérien transpolaire entre l’Europe et l’Asie. Plus tard, dans les années 1960 aux années 1980, Anchorage devient même une escale habituelle pour les passagers à destination d’Asie… rappelez-vous qu’à cette époque les avions occidentaux n’avaient pas le droit de survoler l’espace aérien soviétique et ils n’avaient pas non plus la technologie leur permettant de faire le vol direct sans escale!
Je ne peux passer sous silence un évènement triste de la ville, soit le grand tremblement de terre qui se produisit le 24 mars 1964. Ce séisme de magnitude 9,2 est en fait le plus important d’Amérique du Nord. Il n’a duré que quelques minutes, encore que pour ceux qui l’ont vécu cela a dû paraître une éternité!, mais ces quelques minutes ont largement suffi pour faire 115 victimes et détruire beaucoup d’immeubles de la ville. Cette catastrophe a été appelée « Good Friday Earthquake » car elle s’est effectivement produite la journée du Vendredi saint. Il y a eu d’importants glissements de terrains et les fjords de la région ont été ravagés par des tsunamis. C’est le deuxième plus important tremblement de terre jamais enregistré de l’histoire après celui du Chili, à environ 700 km au sud de Santiago, en 1960 qui, lui, avait atteint une magnitude de 9,5.
La reconstruction de la ville a été le principal objectif des années 1960, mais, prudence et sécurité obligeant, la hauteur des bâtiments a été limitée à 21 étages.
A la fin des années 1960, on a découvert du pétrole à Prudoe Bay sur la côte nord de l’Alaska. Cette découverte et la construction d’un oléoduc profitent à Anchorage puisque la ville devient le siège de compagnies pétrolières. Grâce à l’afflux d’argent de la production pétrolière, la ville connaît de nombreux projets d’embellissement au début des années 1980, projets qui, combinés avec une planification communautaire, ont permis la construction d’infrastructures qui ont contribué à augmenter la qualité de vie dans la région… comme par exemple, une bibliothèque, une salle de sports, une salle de spectacle etc. L’aéroport international d’Anchorage connaît en particulier un essor économique considérable. En 2005, il était le quatrième aéroport mondial pour le fret.
Quant au « Denali National Park and Reserve », soit le Parc national et réserve de Denali, c’est un immense parc naturel qui s’étend sur 24 585 kilomètres carrés. C’est dans cette immensité que se trouve ce qu’on appelle l’« Alaska Range », chaîne de montagnes qui s’étend en forme d’arc est-ouest sur environ 650 km, et qui est la plus haute chaîne de montagnes d’Amérique du Nord. Le joyau de l’Alaska Range est sans contredit le Mont McKinley dont le sommet atteignant 6194 mètres en fait la plus haute montagne d’Amérique du Nord. La beauté de l’endroit vient de ce que les pics de l’Alaska Range sont couverts de longs glaciers et de forêt boréale. La faune du Parc Denali comprend notamment des grizzlys, mouflons de Dall, caribous etc. Enfin, depuis 1976, le parc fait partie de la réserve de biosphère de Denali créée par l’UNESCO.
Revenons maintenant à l’Amsterdam et à nos préoccupations de la journée. Le port d’Anchorage n’étant pas directement dans la ville, ceux qui désirent s’y rendre doivent prendre une navette qui les conduira directement au centre-ville. Comme notre excursion est prévue à midi juste, nous préférons rester à bord et profiter calmement de cet avant-midi sur le bateau quitte à aller faire un petit tour en ville au retour de l’excursion, si l’envie nous en prend.
Nous sommes une dizaine de croisiéristes pour cette excursion de midi. A nous, se joindront deux vacanciers que nous avons pris à leur hôtel en cours de route vers l’aéroport pour hydravions, aéroport qui se trouve un peu plus loin que la ville soit au lac Hood. A l’arrivée à l’aéroport, nous devons avant tout nous identifier au bureau puis l’excitation nous gagne à la vue de ces jolis hydravions rouges qui brillent sous le soleil. Oui, j’ai oublié de vous mentionner que nous avons droit à une journée particulièrement plaisante point de vue température…. soleil radieux, limpidité de l’atmosphère, etc. bref, temps splendide surtout pour un tour en avion.
Certains d’entre nous sont d’ores et déjà certains que le plus gros de ces hydravions, le seul en fait pouvant accueillir une douzaine de passagers, nous est destiné et posent fièrement devant lui pour la photo souvenir! De mon côté, je dis à mon mari, un peu à la blague j’en conviens, car moi aussi je suis à peu près certaine d’avoir le « gros » hydravion : « Mais, qu’est-ce qui les assure que l’appareil que nous aurons est bel et bien celui-là? Peut-être serons-nous divisés en groupes et devrons-nous prendre les petits hydravions dont personne ne semble se soucier!» Eh bien, c’est bien cela qui fut fait. On nous divisa en deux groupes de 6 passagers chacun et on nous dirigea vers nos laissés-pour-compte… tout aussi jolis mais tout de même pas mal plus petits!
Nous avions été avertis que c’est le pilote seul qui devait répartir les passagers à l’intérieur de l’appareil, répartition faite en fonction du poids de chacun des passagers pour que l’appareil se maintienne en bon équilibre durant le vol. Mais, comme c’est souvent le cas, une passagère, qui devait rêver d’être assise à l’avant, demanda si elle pouvait s’asseoir à la place dévolue au copilote. Et là, le pilote qui ne faisait pas dans la dentelle lui répondit par une formule lapidaire qui tenait en deux mots, mais ô combien significatifs: « Too big! »… avouez qu’il y avait de quoi perdre toutes ses illusions… si tant est qu’elle avait des illusions concernant son tour de taille! Par la suite, tout le monde s’est tu et a attendu que le pilote répartisse lui-même nos « kilos »!
Nous avons été répartis de la façon suivante : en avant le pilote et moi, à la place du copilote. D’accord, c’était bon pour le moral d’avoir été sélectionnée pour cette place mais cela ne signifiait pas pour autant que j’avais une taille de guêpe… peut-être, ou plutôt devrais-je dire sûrement, qu’entre deux maux avait-il tout simplement choisi le moindre?! Derrière moi a été placée « Madame Too Big » et derrière le pilote, son mari, « Monsieur Really Too Big »… et, vraiment, vu la taille de son mari, je comprenais que la dénommée « Too Big » ait pu effectivement s’illusionner sur son tour de taille! Puis, derrière eux, ont été placées deux gentilles Américaines qui, sans être vraiment fortes ne souffraient pas d’anorexie, c’est certain! Et, enfin, seul sur le siège arrière, mon mari qui, j’en étais certaine, était le plus léger de nous tous!
Une fois nos places bien assignées, chacun de nous doit prendre son siège et là ce n’est pas si évident que cela car l’espace est plutôt confiné pour permettre des déplacements aisés. Moi, je dois me tortiller légèrement pour gagner la place du copilote, place qui semble souvent la plus enviable au grand public. Mais là, je m’aperçois très rapidement que si je ne fais rien, eh bien, je risque de manquer la spectacle qu’il y aura devant moi car le siège est définitivement trop bas, à moins peut-être de faire au moins 1 m 80, ce que je suis bien loin de faire! D’ailleurs je remarque qu’il y a un coussin posé sur le siège du pilote, et pourtant le pilote est plus grand que moi. Mais, comme c’est déjà un privilège que d’être assise à la place du copilote et vu la gentillesse avec laquelle il avait répondu à la « Madame Too Big », moi, la « Madame Too Short », n’ose rien lui demander et tente de m’arranger autrement. Faute d’avoir apporté mon propre coussin, je fais un tas de mon imper doublé, gants, bonnet de laine etc. que j’enfouis pêle-mêle dans un sac HAL et j’obtiens ainsi un coussin deux fois plus épais que celui du pilote! De cette façon, je ne manquerai rien du spectacle… et quel spectacle!
Une fois tout son petit monde installé, le pilote donne le coup d’envoi. Et là, je vous assure que kilos en trop ou non, nous nous sentons tous très légers lorsque l’hydravion prend son envol. Pour sa part, mon mari m’a avoué avoir pensé à Lindbergh… alors que, de mon côté, j’ai eu une petite pensée pour Madame Gizèle qui, j’en étais quasi certaine, aurait carrément refusé de monter dans un coucou pareil! C’est vrai qu’au tout début, cela fait un peu peur de penser qu’on en a pour quelques heures à voler dans un aussi petit appareil qui donnait l’impression de flotter dans les airs plutôt que de voler mais, après quelques minutes, on s’habitue à sa nouvelle situation et la petite peur disparaît tant le spectacle est beau et fascinant.
Tout comme pour le vol en hydravion au-dessus des Misty Fjords, je vous invite à prendre place à bord de notre petit coucou pour ce tour inoubliable vers le Parc Denali.
De ma place de copilote, côté droit, j’avais une vue en plongeon et, vers l’avant, une vue directe sur les montagnes enneigées vers lesquelles nous nous dirigions. Si vous regardez bien le paysage que nous survolons, vous serez, cher lecteur, aussi charmé que nous par les nombreux lacs et cours d’eaux qui serpentent à travers cette magnifique forêt couvrant la majorité de la surface de cette immense plaine au-dessus de laquelle nous volons. Mais, jetez aussi un regard de ma place de copilote et voyez comme est fascinante l’approche progressive des montagnes qui de minuscules qu’elles semblaient être à notre départ deviennent, peu à peu, lentement mais sûrement de plus en plus impressionnantes de taille et de beauté! Le paroxysme est atteint lorsque notre tout petit coucou se promène au milieu de ces montagnes aux pics enneigés ou mieux encore lorsque le pilote semble foncer directement sur l’une d’elles… c’est encore mieux que dans un film, ne trouvez-vous pas? C’est hallucinant de beauté et on ne se fatigue pas du spectacle.
Et, tout à coup, eh oui!, le coucou semble suivre une route de glace au bout de laquelle on aperçoit une grande étendue d’eau. Et là, notre coucou perd de l’altitude et doucement, tout doucement, vient se poser sur ce lac des glaciers perdu comme au milieu de nulle part! Cet arrêt, non prévu dans la description de l’excursion, est une surprise pour tous… surprise d’autant plus heureuse que nous avons droit à un bel arrêt dans ce paysage lunaire et sauvage! Bien sûr, le pilote est déjà tellement gentil de nous déposer dans un endroit pareil qu’il ne faut pas lui en demander davantage… je veux dire par là que ce n’est pas très évident pour tous de descendre du coucou pour poser les pieds d’abord sur les flotteurs du coucou, puis de se tenir en équilibre pour pouvoir poser le pied sur la terre ferme sans se les mouiller au passage… surtout lorsqu’on est à l’âge où notre agilité n’a plus rien en commun avec celle d’un jeune singe!... mais bon, on s’arrange entre nous. Pour ma part, j’aide une des deux Américaines à sortir sa copine du coucou et, à leur tour, ces deux gentilles Américaines m’aident à faire descendre mon mari pour qui la canne est plutôt un handicap qu’une aide lors de ce « débarquement », sinon, ce dernier aurait dû rester à nous attendre dans l’hydravion... bref, vous voyez le portrait… c’était l’entraide entre nous ou restez à bord!
Ce lac est situé à moins de 300 m d’altitude de sorte qu’avec les rayons du soleil qui nous chauffent, nous sommes comme lors d’une superbe journée d’été… je parle bien sûr d’une journée sans canicule et sans humidité! Le second hydravion nous ayant rejoints, nous ne sommes que quatorze, perdus au milieu de cet espace gigantesque, désertique et lunaire… à goûter ce silence absolu! Ici, nous nous sentons tous comme des lilliputiens, kilos en trop ou non! C’est aussi lors de telles expériences que nous faisons attention à tout. Par exemple, la moindre chute d’eau ou la moindre plante dans un tel décor attirera notre regard… alors que, je l’avoue bien honnêtement, la petite plante rouge qu’ici je regarde et prends en photo, si je l’avais vue dans les rues de Montréal, je n’y aurais prêté aucune attention! Mais c’est cela la magie du voyage!
Après cet arrêt qui nous a tous enchantés, il est temps de retourner au coucou pour prendre le chemin du retour. Cette fois, cher lecteur, je vous suggère d’aller prendre place sur le siège arrière à côté de mon mari. Eh oui, il m’a dit que c’était une place merveilleuse car avec un hublot à sa gauche et un autre à droite, il ne manque absolument rien du spectacle et il se sent tout à fait privilégié. Et il est vrai que, de nouveau, nous aurons droit à de très belles vues impressionnantes avant notre retour au point de départ.
Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour comprendre que cette excursion nous a tous enchantés, et je dis bien tous car personne n’avait pensé que cette excursion serait belle à ce point… et pourtant nous nous attendions à ce que ce soit beau! Sans doute, la température idéale dont nous avons joui a contribué à rendre l’excursion encore plus réussi, mais, je persiste à dire que, même sans cela, c’est une excursion hors de l’ordinaire.
Après un petit repos sur le bateau, car nous avons besoin de décompresser après ce trop plein d’émotion, donc après un petit repos et un léger repas, nous avons le courage de prendre la navette pour aller jeter un petit coup d’œil sur le centre-ville d’Anchorage. En ce début de soirée, la lumière qui tombe sur la ville est encore très belle et beaucoup se promènent avec un léger blouson ou même en tee-shirts tant la température est clémente. C’est une magnifique soirée de fin d’été. Les immeubles étant limités en hauteur, vous ne verrez donc pas d’immeubles spectaculaires, mais le peu que nous verrons de cette ville à l’architecture simple et moderne nous semble sympathique et plaisant. Et quand j’y repense après coup, je réalise à quel point tout est propre depuis que nous sommes partis. Seattle est une ville très propre et tout ce que nous avons visité jusqu’à présent en Alaska est aussi frappant de propreté. Il faut y être pour savoir jusqu’à quel point c’est plaisant de vivre et de se promener dans des endroits aussi « clean »!
Au retour, comme si nous n’avions pas eu notre compte de beauté au cours de la journée, nous avons droit à un coucher de soleil absolument magnifique, là, juste en face de notre balcon!
Après cette « grosse » ville qu’est Anchorage, l’Amsterdam met le cap sur une petite ville à peu près inconnue de nous tous, soit Homer où, je l’espère, nous attend une autre belle aventure.
Pour les photos de l’escale à Anchorage :
http://picasaweb.google.fr/oum1947/44Septembre2010Anchorage#