4 nov. 2010, 16:24
17 et 18 septembre 2010: Escale à Juneau et jour de mer
C’est de nouveau par un beau matin, où quelques nuages blancs filamenteux sont délicatement posés dans le bleu du ciel, que l’Amsterdam arrive au port de la capitale de l’Alaska, Juneau… belle journée en perspective! Ceci est d’autant plus important que la température a un rôle important à jouer dans le déroulement de notre excursion… eh oui, il y a hélicoptère en perspective pour nous!
Mais, tout d’abord, quelques mots sur Juneau. Cette jolie petite ville située sur la bande continentale du sud-est de l’Alaska, au pied du mont Juneau et au bord du détroit de Gastineau, est la capitale de l’État de l’Alaska depuis 1906. Petit fait intéressant, Juneau est la seule capitale d’un État américain à ne pas être reliée par le réseau routier… le seul moyen de s’y rendre étant l’avion ou le bateau! Point de vue population, elle est la troisième ville d’Alaska, comptant environ 31 000 habitant en 2007, soit environ 10% de la population d’Anchorage.
Ne trouvez-vous pas comme moi que ces noms « Juneau » et « Gastineau » ont une consonance française? Poussée par la curiosité, j’ai fait une petite recherche et j’ai ainsi appris que la ville de Juneau a été baptisée de ce nom en hommage au mineur canadien-français Joseph Juneau ! Ce compatriote, dit Joe Juneau, né à Saint-Paul-l’Ermite au Québec en 1836 et décédé au Yukon en 1899, mineur et chercheur d’or de métier, est considéré comme le co-fondateur, avec Richard Harris, de la ville qui porte actuellement son nom. S’agissant d’un compatriote, je vous rappelle quelques faits de sa vie dont l’histoire est liée à celle de la première importante découverte d'or à Juneau ou à l'île Douglas, en face de Juneau, et qui date des années 1880.
Joe Juneau et Richard Harris avaient été envoyés dans la région, qui est la région de Juneau actuellement, par George Pilz, ingénieur et entrepreneur de Sitka. Son guide amérindien était le chef Kowee. Ce Kowee a eu à son crédit le fait d’avoir exploré la plus grande partie de la région de Juneau. Joe et Richard firent du troc avec les Amérindiens de leurs rations dont, bien entendu, faisait partie l’alcool, mais, tout compte fait, ne prospectèrent pas et revinrent les mains vides à Sitka. Pitz les renvoya aussitôt dans la région. Là, le chef Kowee les emmena à Gold Creek, petite rivière de l'or, qui coule aujourd'hui entre le bâtiment fédéral de la ville et le bassin du Silver Bow, Arc d'argent, point de départ de la découverte de l'or dans la région. Aujourd'hui une petite rivière sur l'île Douglas porte le nom de Kowee Creek. Découvrant de l'or à Juneau, Joe et Richard emportèrent environ 500 kg d'or à Sitka ce qui, vous en conviendrez, était plus qu’un joli magot!
Juneau connut différents noms dont Harrisburg, ou Harrisburgh, du nom de Richard Harris, de même que Rockwell, nom souvent donné par les mineurs en l’honneur du Lt. Com. Charles Rockwell, mais là, je ne sais pas pourquoi. Il y eut aussi une proposition pour l'appeler Pilzburg du nom de l'ingénieur George Pilz. La ville ne pris son nom actuel qu'après une réunion des mineurs le 14 décembre 1881. Le nom de Juneau obtint 47 des 72 votes alors qu'Harrisburg n'en reçu que 21 et Rockwell seulement 4. Il faut croire que notre compatriote Joe Juneau y tenait à ce que son nom soit immortalisé puisqu’il n’hésita pas à payer un spectacle dans la ville pour que l’on vote en sa faveur… spectacle qui a dû être au goût de ses concitoyens étant donné le résultat du vote!
Joe Juneau voyagea jusqu'à Dawson City dans le Yukon durant la ruée vers l'or du Klondike dans les années 1890. Il avait pour habitude de dépenser l'or aussi vite qu'il le trouvait mais, malgré toutes ses « folles » dépenses, vers la fin de sa vie, il possédait malgré tout un petit restaurant à Dawson. Juneau mourut d'une pneumonie en mars 1899 à Dawson City et son corps fut ramené à Juneau et enterré dans le cimetière Evergreen de la ville le 16 août 1903.
Après l'époque des chercheurs d'or, de grandes mines souterraines sont creusées au début du 20ième siècle, mines qui restent en exploitation jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. On peut encore en découvrir les vestiges à l’île Douglas, reliée à Juneau par un pont.
De nos jours, à voir tous les bateaux de croisière qui naviguent en Alaska, il ne fait aucun doute que Juneau, comme les autres villes de cet immense état, n’échappe pas à la manne apportée par les touristes qui envahissent les lieux par centaines de milliers chaque année.
Quand il s’est agi de faire un choix d’excursion pour cette escale, nous avons discuté très longuement mon mari et moi. D’abord il ne faisait aucun doute que nous prendrions une excursion qui comprenait un tour d’hélicoptère car, de cela, nous en rêvions tous les deux! Parmi les nombreux tours en hélicoptère offerts par HAL, nous avons éliminé d’emblée ceux qui offraient du trekking sur glacier ou autre activité du genre qui, c’est certain, ne convenaient pas à notre condition physique! Mais, il restait deux tours entre lesquels nous devions faire un choix: le premier, nommé « Glacier Adventure by Helicopter (with landing) », était accessible aux personnes ayant un handicap selon la description du tour et le second, « Pilot's Choice Glacier Explorer by Helicopter (with Two Landings) » qui nous tentait davantage mais qui faisait un peu peur à mon mari car on ne précisait rien au sujet de personnes ayant un handicap… alors qu’il était précisé que l’on fournissait des « glacier boots » aux excursionnistes… et là, le mot « glacier boots » donnait quelque petite frayeur à mon mari!
Bref, après des heures de discussion, nous avons finalement opté pour celui qui nous tentait davantage, soit celui des deux atterrissages, en nous disant que, s’il s’avérait difficile pour mon mari de descendre de l’hélicoptère et marcher avec les « glacier boots », il resterait dans l’hélicoptère en attendant le groupe, mais au moins il aurait le plaisir du vol lui-même.
Et nous voilà en ce beau matin de septembre, arrivant à Juneau excités comme des enfants à la pensée de cette excursion tant désirée… mais un peu crainte, malgré tout! Vous pensez bien que lorsque j’ai vu le ciel si beau à l’arrivée, j’étais encore plus heureuse sachant que l’excursion aurait bel et bien lieu et ce, dans les meilleures conditions dont on puisse rêver!
A l’heure prévue pour le rendez-vous sur le quai, un guide nous attend et nous constatons que nous ne sommes que cinq croisiéristes en tout pour notre excursion. Outre mon mari et moi, il y a un couple d’Australiens et un Américain. Ce qui préoccupe notre guide, c’est nos kilos déclarés! Eh oui, il ne veut pas savoir ce que dit la balance quand on y monte dessus au lever en petite tenue et avant même d’avoir mangé dans l’espoir que l’aiguille ne montera pas trop haut… non, c’est notre poids comprenant gros ou petit-déjeuner avalé quelques heures avant le départ, vêtements, souliers, caméras etc., c’est la totale quoi, qu’il lui faut connaître car au-delà des 250 livres permises, soit 113 kilos, la surcharge à payer pour l’excursion est d’environ 50 % si je me souviens bien!... et s’il s’aperçoit que quelqu’un lui a menti, comme il a tout pouvoir ce guide, il peut tout simplement refuser d’amener l’excursionniste « menteur » et tant pis pour ce dernier… j’imagine même qu’il ne sera pas remboursé! Je me souviens que le guide a parlementé un certain moment avec l’Australien au sujet du poids déclaré par ce dernier, mais tout s’est arrangé et peut-être est-ce pour ne pas dépasser la limite permise que l’Australien s’était légèrement vêtu?! Il faut dire que l’Australien en question était plutôt du genre bien baraqué… et peut-être était-il vers la limite!
Une fois terminés ces préliminaires, on nous amène à l’aéroport pour aller le prendre cet hélicoptère si prometteur! Mais, on ne monte pas aussi vite en hélicoptère qu’en hydravion. Non! D’abord, il nous faut écouter attentivement les directives concernant la sécurité, et même regarder un court film explicatif, après quoi, comme il vaut mieux prévenir que guérir, donc, direction toilettes! Après cela, vient la mise en place d’un petit sac jaune, censé s’ouvrir au cas où!!!... mais là, personne ne pense qu’un accident n’arrivera... les superstitieux touchent du bois ou croisent les doigts!... Et enfin, arrive le moment où l’on doit mettre les fameuses « glacier boots », celles qui faisaient un peu peur à mon mari mais qui, ô merveille!, s’avèrent d’une légèreté non soupçonnable à leur aspect et avec lesquelles mon mari se débrouille pas mal du tout! Bon, côté élégance, le design n’y est pas… mais côté confort, il n’y a rien à redire!
Et maintenant, en route vers l’hélicoptère! Mais, telle une vedette de cinéma qui fait des caprices, notre hélicoptère est en retard et se fait attendre… et nous, nous attendons sous un vrai soleil d’été… mon mari et moi avons l’air un peu idiot, suant à grosses gouttes sous nos manteaux, alors que l’Australien est tout sourire dans son tee-shirt! Après un bon quart d’heure d’attente, où les bottes sont de plus en plus chaudes et le corps de plus en plus mouillé, nous voyons enfin un hélicoptère dans le ciel, de fait « notre » hélicoptère qui ramène les passagers qui ont fait l’excursion avant nous. A voir les grands sourires des excursionnistes qui passent devant nous, il est facile de deviner que leur excursion a été un franc succès!
On met du carburant dans l’hélicoptère et nous voilà enfin prêts pour le départ! A la vue de l’Australien en bermuda et tee-shirt, le pilote est quelque peu surpris et lui demande s’il n’a pas de vêtement plus chaud, mais bon, l’Australien lui montre qu’il a tout de même apporté un petit blouson et, ma foi, s’il veut rester dans cette tenue, libre à lui! Comme pour l’hydravion, il était entendu que c’est le pilote qui distribuait les places dans l’hélicoptère en fonction du poids des passagers. L’hélicoptère ne peut recevoir que six personnes au total, réparties sur deux rangées. Donc, à l’avant il y a le pilote et deux passagers et, juste derrière, les trois autres passagers. C’est sans surprise, mais avec grand plaisir, que mon mari et moi, les deux plus légers, apprenons que nous sommes placés à l’avant d’où nous aurons la plus belle vue, incontestablement. Mon mari parvient à monter facilement pour rejoindre sa place à côté du pilote et on place sa canne sous le banc arrière… tout se présente bien et même très bien! A vous donc, cher lecteur, de prendre place entre mon mari et moi-même pour profiter de cette très belle excursion avec nous.
Iata et sa fille ont fait une excursion semblable en septembre 2009 et dans son compte-rendu, Iata souligne que cette excursion fut formidable… et là, je ne peux qu’être d’accord avec elle! Elles aussi ont eu la chance d’être assises à l’avant, ce qui ne gâtait rien au spectacle qui s’offrait, j’en suis certaine! Les deux lieux d’atterrissage sont choisis par le pilote, et sans doute le facteur météo joue un rôle dans ce choix, mais à voir les photos de Iata et les miennes, je pense que nous avons eu des lieux d’atterrissage quelque peu semblables.
Sachez qu’au cours de cette excursion, l’hélicoptère survolera une petite partie du « Icefield Juneau », soit le champ de glace de Juneau, lequel est grand comme la Suisse et où l’on retrouve plus de 38 glaciers dont le célèbre « Mendenhall Glacier ». C’est dans ce champ de glace de Juneau que l’on peut voir la glace des glaciers bleus et je pense que tous les pilotes se font un devoir de faire un arrêt pour nous faire admirer cette merveille.
Grâce à la gentillesse du pilote qui nous a remis un plan du champ de glace de Juneau en indiquant le parcours qu’il a suivi, il m’est facile de me repérer et de vous dire qu’en quittant Juneau, l’hélicoptère s’est dirigé vers le nord, nous permettant d’admirer des paysages divers tels que montagnes rocheuses aux pics enneigés, lacs de glaciers, cours d’eau sinuant dans les vallées etc. Le spectacle est aussi enchanteur que celui que nous avions lors de nos tours d’hydravion! Mais, me direz-vous, les paysages doivent se ressembler? Oui… et non! Oui, en ce sens que nous sommes toujours face à face avec des montagnes grandioses, pics enneigés etc., et non, parce que chaque paysage a sa propre personnalité et semble différent de ce que nous avons vu auparavant. Les lieux sont tout simplement magiques et fascinants!
La magie atteint son paroxysme lorsque nous atterrissons une première fois dans la région du glacier Gilkey car c’est là que nous pouvons admirer la célèbre glace des glaciers bleus dont Iata, sur l’une de ses photos, semble boire l’eau avec plaisir! Si Iata et sa fille n’étaient pas au même endroit que nous, elles étaient sûrement dans la même région… et elles ont certainement ressenti le même émerveillement que nous devant ce paysage! Par ailleurs, je ne dirai jamais assez à quel point le silence est important dans ces endroits hors du commun… silence majestueux qui, régnant en ces lieux comme un roi sur ses sujets, ajoute à la beauté du lieu et que l’on respecte et goûte avec bonheur!
Nous reprenons l’hélicoptère qui se dirige vers le sud où, en cours de vol, nous admirons sans nous lasser d’autres paysages magnifiques avant d’atterrir, cette fois, dans un immense champ de neige près des montagnes « Little Matterhorn » et « Cathedral Peak ». Ici, ce sont les Australiens qui sont le plus émerveillés car ils nous ont dit n’avoir jamais vu de neige de leur vie! Pour une première expérience dans ce monde hivernal, ils sont chanceux car l’immensité blanche qui s’étend tout autour de nous ne peut que les séduire d’autant plus belle que parsemée de quelques très beaux rochers! Mais, alors qu’à Juneau, mon mari et moi avions trop chaud avec nos manteaux, ici c’est l’Australien qui est vraiment trop court vêtu pour la circonstance… et, comme dirait mon mari, risque d’attraper la crève! Ici, la température n’a plus rien à voir avec celle de Juneau… on frôle les 0 degrés, sans compter le facteur vent, et nous sommes très bien dans nos gros manteaux alors que ce pauvre Australien en bermuda, tête nue, et qui plus est chauve!, avec un léger blouson… brrr, il ne doit pas avoir trop chaud, j’en suis certaine! Mais, c’est tellement beau que tout le monde profite au maximum de la sortie! Mon mari est tellement content de pouvoir marcher sans difficulté grâce à ses « glacier boots »… et sa canne! De fait, il marche d’un pas beaucoup plus assuré que sur les trottoirs souvent glacés des rues de Montréal l’hiver.
Après ces deux arrêts inoubliables, il faut bien boucler la boucle, n’est-ce pas? Alors, nous reprenons l’hélicoptère en direction de Juneau, ne manquant rien des derniers paysages vus du haut du ciel avant l’atterrissage final. En un mot, pour qualifier cette excursion, un seul mot suffit… spectaculaire…. vraiment spectaculaire!
Au retour, nous retournons au bateau pour déposer nos effets à la cabine et puis nous restaurer légèrement car, paraît-il, les émotions… ça creuse! Repus et reposés, nous repartons pour un petit tour à Juneau car, il fait tellement beau que c’est impossible de ne pas profiter de l’escale le plus possible… et, de plus, comme c’est notre dernière escale en Alaska il faut bien que je le trouve ce petit souvenir que je n’ai pas encore trouvé!
En débarquant sur le quai, pas moyen de se perdre car il ne suffit que de quelques pas pour se retrouver au milieu des boutiques. En marchant un peu le long des rues, je m’aperçois à quel point cette petite capitale de l’Alaska est en fait cosmopolite! Eh oui, vous n’avez pas besoin d’aller en Turquie car juste devant nous se trouve le marchand de tapis turcs, « made in Turkey »… puis, un peu plus loin, voici la Russie qui, décidément, regrette d’avoir vendu l’Alaska aux États-Unis et qui, pour nous rappeler à son bon souvenir, vous vend pour 35 $ une tasse identique à celle du service de porcelaine de Catherine la Grande, « made in Russia » bien sûr, une réelle aubaine si vous pensez au prix de la tasse originale!… ou encore, un de ces chapeaux en vraie « fausse » fourrure, réplique exacte de ceux que l’on voie dans un film d’espionnage du KGB! Encore un peu plus loin, voilà une boutique de Noël où vous pouvez acheter un vrai chandail norvégien, « made in Norway », et moins cher que si vous l’achetez à Bergen! C’est très bon pour le moral de ne pas voir que du « made in China »! Mais je cherche tout de même où sont les « made in Alaska »?! Eh bien, j’ai fini par le trouver mon souvenir, joli petit ours sculpté dans la pierre et certifié « made in Alaska », et ce dans une petite boutique qui ne payait pas de mine située juste derrière le marchand de glaces italiennes, « made in Italy »? Après cette petite virée de shopping en ville, nous revenons tout heureux à bord de l’Amsterdam.
Le soir, nous sommes allés manger au restaurant alternatif de HAL, soit le « Pinnacle Grill ». Nous ne pouvions trouver mieux pour terminer cette journée en beauté! Porcelaine de Bulgari, que je volerais bien si je le pouvais!!!, service attentionné, mets succulents etc., bref, une soirée des plus réussie!
Tout dans cette journée a contribué à faire de notre dernière escale en Alaska un jour vraiment mémorable. Le soir l’Amsterdam reprend sa route, direction sud, en mettant le cap sur notre bien-aimé Canada.
Mais, avant d’arriver à notre prochaine escale, nous avons eu droit à notre dernière journée de navigation en mer où, de nouveau, nous sommes choyés par le beau temps. Nous en profitons donc pour relaxer et faire quelques activités typiques d’une journée de ce genre telles que lecture, promenade sur le pont extérieur, etc. Et voilà, un autre beau jour passé sans que l’on sache comment!
Pour les photos de l’escale à Juneau :
http://picasaweb.google.fr/oum1947/48Septembre2010Juneau#