Nous voici en Finlande:
19 Mai: Helsinki
J’ai presqu’envie de dire « pauvre petite Helsinki! » Pourquoi me direz-vous? Eh bien, tout d’abord pour avoir été l’objet de préjugés.
Eh oui, imaginez qu’il y a quelques mois, au cours d’un échange téléphonique avec un cousin, mon mari lui faisant part de notre projet de croisière, mentionnait, entre autres choses, que nous ferions une escale à Helsinki. La réaction du cousin fut assez vive, en ce sens qu’au lieu de se taire, tout simplement, non, il a fallu qu’il dise : « Comment? Helsinki? Mais, y’a rien à voir à Helsinki!! » Lorsque mon mari me rapporta cette conversation, j’avais beau avoir dit à mon mari « De quoi il se mêle le cousin?! D’abord, il n’a jamais mis les pieds en Finlande de sa vie…et puis, depuis des lustres, il n’a même pas mis les pieds hors de son patelin! », la phrase assassine faisait déjà son œuvre en moi, y semant le doute, d’autant plus que mon mari semblait assez enclin à croire « son » cousin puisqu’il me répliqua que le cousin en question n’était peut-être jamais allé en Finlande… mais regardait la télévision!! autrement dit…il est au courant de tout!!!
Bon, dans ces conditions, je sentais que la responsabilité du choix de l’excursion reposait entièrement sur mes épaules, mon mari me semblant presque prêt à rester à bord de l’Eurodam lors de cette escale. Je lui proposai l’excursion « Porvoo & Helsinki Highlights », qu’il accepta bien entendu, puisqu’il est gentil, mais j’avais l’impression que son enthousiasme n’avait d’égal que celui de ma petite chatte à qui je dis qu’elle passera de « merveilleuses » vacances chez son vétérinaire pendant notre absence!
Bref, c’est avec le doute au fond de mon coeur et le peu d’enthousiasme de mon mari que nous arrivâmes à Helsinki en ce matin du 19 mai 2009. Comme de plus c’était assez nuageux et froid…ça n’ajoutait rien au charme!
Et nous voici dans le car qui part en direction de Porvoo situé à environ 50 km d’Helsinki. Nous traversons une partie d’Helsinki, pour aller prendre une route nationale, ce qui nous permet d’avoir un premier contact avec la ville, même si nous ne descendons pas du car. Puis, nous filons sur l’autoroute.
En cours de route, nous faisons un petit arrêt à Sipoo. On y trouve une église médiévale parmi les plus connues de Finlande car il s’agit de la plus ancienne église de granite du pays. C’est une très jolie petite église qui valait bien le coup d’œil.
Nous continuons vers Porvoo, l’une des six villes de Finlande fondées au Moyen Âge. De fait, c’est la deuxième ville de Finlande par son ancienneté et les premiers textes faisant mention de la ville datent du XIVe siècle. Elle est traversée par la rivière Porvoonjoki, qui veut tout simplement dire « rivière de Porvoo ». Le nom "Porvoo" est un décalque finnois du suédois Borgå qui veut dire "rivière du fort". La ville possède aussi de nombreux bâtiments de bois.
Cette ville a autrefois beaucoup compté dans l’histoire de la Finlande car elle était une des étapes de l’ancienne Kuninkaantie i.e. Route du Roi. La Kuninkaantie était une des principales artères de Scandinavie. Cette ancienne route reliait Bergen, Oslo et Stockholm à Saint-Pétersbourg en passant à travers la Finlande méridionale où se situe Porvoo. Aujourd’hui cette route est encore partiellement utilisée car elle suit les principales artères de liaison de la côte méridionale de la Finlande. Porvoo était fort appréciée pour ses auberges et ses échoppes et son commerce devint particulièrement florissant.
Après sept siècles de domination suédoise, à l’issue de la guerre de 1808-1809, la Finlande fut incorporée dans l’empire russe en tant que grand-duché autonome. Le Tsar Alexandre Ier ordonna de convoquer la Diète pour la première fois à Porvoo en mars 1809. Le tsar, dans la Cathédrale de Porvoo, officialisa la religion de l’état luthérienne qui existait déjà, la constitution et les droits des représentants du parlement. A l’occasion de la première réunion historique de la Diète à Porvoo, la Finlande devint, de fait, une nation à part entière.
Le car se gare tout près de la petite rivière Porvoonjoki et nous suivons la guide pour entrer dans la vieille ville. C’est au bord de cette rivière que se trouvent les jolies maisons en bois peintes en rouge dont on voit les photos sur de très nombreuses cartes postales de la ville. Cette couleur date de la fin 1700. A l’époque des entrepôts furent peints rouge argile en l’honneur de l’arrivée dans la ville du roi de Suède Gustave III. Toutes les habitations sur l’itinéraire parcouru par le roi furent aussi peintes pour qu’elles paraissent plus belles. La peinture rouge argile protégeait également le bois contre le vent et le soleil. L’effet est charmant!
Après avoir traversé un pont, la guide nous montre de loin la cathédrale et le chemin qui y mène est assez abrupt. Je sens que mon mari n’y viendra pas, et j’avoue que moi non plus je ne suis pas tentée de fournir cet effort d’autant plus que cette cathédrale, incendiée en mai 2006, est fermée actuellement pour des travaux de restructuration.
La guide nous mène sur une place, en nous indiquant où nous pourrions trouver les toilettes, ouf! je sens qu’ici ça va être la course à qui arrivera le premier!, puis elle nous dit qu’elle va nous laisser libre de visiter à notre guise, en précisant que nous avons tout le temps qu’il faut à notre disposition puisque l’intérêt de la visite, à son avis, est concentré dans « deux », je dis bien « deux » petites rues!!! C’est une bonne nouvelle car, justement, mon mari ne veut pas trop se fatiguer inutilement !
Le mot « charmant » me semble approprié pour décrire ce que j’ai vu. Dans ces petites rues. Les maisons en bois colorées, coquettes et très propres, se sont presque toutes converties en boutiques et restaurants. Les enseignes et surtout les vitrines sont très soignées, attrayantes et de bon goût. Ici un très beau polichinelle dans la vitrine…là, un mignon landau sur le trottoir avec poupée et ours en peluche…bref, je le répète, c’est charmant.
Petit détail frappant, les plaques portant les noms de rues sont toutes bilingues, les Finlandais disposant de deux langues officielles, le finnois et le suédois, dans lesquelles le pays est respectivement appelé Suomi et Finland. Il paraît que jusqu’à récemment, Porvoo était majoritairement peuplé de Suédois, et donc, sur ces plaques, le suédois était au-dessus du finnois. Le jour où la majorité s’est inversée, les Finlandais se sont fait un plaisir de renverser l’ordre linguistique!
Pour le lunch, nous allons au Manoir Kiala, à 3 km du centre Porvoo. C’est un très beau manoir dont l’origine remonte aux années 1500. Différentes familles ont été propriétaires du domaine, chacune y laissant son empreinte. Il y a une ancienne distillerie, attenante au manoir, qui a été construite en 1880 et qui rappelle la grande époque industrielle du domaine. L’ensemble du domaine est des plus agréable.
Puis, nous revenons à Helsinki pour y passer l’après-midi.
On arrête tout d’abord au Parc Sibelius, Sibeliuspuisto en finnois, au cœur du quartier de Töölö, où se trouve un monument à la mémoire de Jean Sibelius, le plus célèbre compositeur finlandais. Parmi ses oeuvres les plus célèbres, on trouve la « Valse triste » et « Finlandia », morceau composé en 1899 devenu officieusement l’hymne de la Finlande.
C’est en 1967, 10 ans après la disparition du musicien, qu’Eila Hiltunen sculpta l’œuvre abstraite appelée Monument Sibelius. La structure consiste principalement en tubes, au nombre d’environ 600, tubes creux en acier soudés ensemble de manière à former une impression de vague. Le monument d’une trentaine de tonnes mesure 10,5 m de longueur pour 8,5 m de hauteur et 6,5 m de profondeur. Hiltunen affirma par la suite que le but ultime de son œuvre avait été de saisir l’essence musicale de Sibelius. On dit que le monument « chante » lorsqu’il y a du vent. ce qui doit ajouter à la beauté de l’ensemble. Une copie de taille plus modeste, à l’échelle 1 :5, a été offerte par la Finlande aux locaux de l’UNESCO à Paris.
Là encore, comme pour le musée Guggenheim de Bilbao, le monument a ses détracteurs et ses admirateurs. Faites-vous une première opinion d’après les photos mais, en ce qui me concerne, je l’ai trouvé très intéressant et très beau ce monument. De plus, comme on a eu le bon goût de le mettre en pleine nature, et quelle nature!, je trouve que l’effet produit est des plus saisissant.
De là, toujours dans le quartier Töölö, nous nous dirigeons vers l’église de Temppeliaukio, église monolithique moderne en pierre qui est considérée comme un exemple remarquable de l'expressionnisme architectural des années 1960.
L'église a été dessinée par les frères Timo et Tuomo Suomalainen et a été achevée en 1969. Elle a été édifiée à partir d'une pierre de granit qui laisse filtrer la lumière du jour de son toit. Les parois de l'église sont de roc de 5 à 8 mètres de haut. Au niveau de la coupole, l'église à une hauteur de 13 m.
En dehors de l'utilisation pour les offices réguliers de la paroisse évangélique-luthérienne de Taivallahti, l'église est aussi utilisée pour des concerts et, bien sûr, comme attraction touristique populaire.
Elle est très originale et admirable cette église! Une grande partie de la fascination qu’elle exerce sur moi vient de son grand dépouillement qui permet de mettre en valeur l’originalité et le modernisme de son architecture remarquable dans sa simplicité.
Même si la visite de Helsinki ne m’avait permis de voir que cette église et le Monument Sibelius, j’aurais été satisfaite. Mais, il y a plus puisque nous allons faire un nouvel arrêt à la Place du Sénat, Senaatintori, au centre de la ville. Ce centre historique est l’emblème de la capitale finlandaise.
La magnifique Cathédrale luthérienne d'Helsinki, de style néoclassique, s'intègre ici dans un ensemble architectural remarquable : la biblitothèque universitaire à sa gauche, le palais du gouvernement à sa droite et en face, la toute petite maison Sederholm, qui est la plus ancienne d'Helsinki. Construite en pierre en 1757, elle est la seule maison ayant résisté au grand incendie qui a ravagé la ville en 1808. Tout cette ensemble fut conçu par Carl Engel lors de la reconstruction après l'incendie. La construction de la cathédrale a débuté en 1830 et s'est achevée en 1852.
J’ajouterai que l’ensemble témoigne encore de ces liens avec la Russie avec une statue du tsar Alexandre II devant la cathédrale et une ressemblance des bâtiments avec ceux de la ville de Saint-Pétersbourg. C’est pourquoi, durant la Guerre Froide la ville fut souvent utilisée pour jouer les doublures de Saint-Pétersbourg lors de tournages de cinéma afin de représenter l'ancienne capitale impériale russe, notamment dans des James Bond et dans le film de Warren Beatty "Reds", « Les Rouges », tourné en 1981.
Ceci dit, je pense qu’il ne faut surtout pas généraliser la comparaison et en déduire qu’Helsinki est un autre Saint-Pétersbourg! Non, pas du tout! Saint-Pétersbourg est tout à fait unique et aucune ville ne peut vraiment s’y comparer. Mais, Helsinki a aussi certaines beautés à offrir et à nous de savoir les apprécier. Dans cet état d’esprit, je suis certaine que vous apprécierez cette escale et que vous y passerez quelques moments des plus agréable ne serait-ce que parce que c’est aussi un autre rendez-vous avec l’Histoire de toute cette région.
Revenus à bord de l’Eurodam, nous passerons, encore une fois, quelques très agréables moments sur le balcon à regarder le spectacle qui s’offre à nous lors du départ très réussi de cette ville. On dirait qu’ici la forêt rejoint la mer dans une parfaite harmonie ! C’est pour nous, un moment de grande quiétude.
Et nous voilà en route vers un autre pays scandinave, la Suède, plus précisément, sa capitale, Stockholm.
Pour les photos :
http://picasaweb.google.ca/Oumledauphin1/20HelsinkiMai2009#