Et je continue pour les braves qui veulent me suivre jusqu'au bout de mon récit.
18 Mai. Saint-Pétersbourg : les jardins de Peterhof
Dès le réveil, en ce petit matin du 18 mai, je sors sur le balcon, question de voir quel temps il fait, mais m’arrête comme figée sur place tant le spectacle devant moi est captivant. Eh oui, j’assiste au lever du soleil sur le Golfe de Finlande avec, au lointain, les immenses bâtiments de Saint-Pétersbourg. Alors là, excusez mon ignorance, mais je n’avais jamais pensé que le charme slave se ferait sentir jusque dans un lever du soleil ! On peut dire que ça débute la journée en grand, d’autant plus que le ciel est tout bleu et très limpide. Quel beau présage …surtout que nous devons faire aujourd’hui une visite des jardins de Peterhof.
Pour ne pas risquer d’être en retard pour notre rendez-vous avec Sonia et Anatole, nous descendons de l’Eurodam en nous allouant environ une demi-heure pour le passage du contrôle.
Nous sommes assez nombreux à l’arrivée à la gare maritime. Une employée de HAL demande à tous les passagers qui avaient passés le contrôle hier d’ouvrir leur passeport à la page où apparaissent les deux tampons russes plutôt qu’à la page où apparaît notre photo. C’est facile car les deux tampons ont été mis sur la dernière page, et ce, je pense, pour à peu près tous les passagers, d’après ce que je vois. Et à partir de ce moment, tout devient beaucoup plus rapide au contrôle, les contrôleurs semblant ne se préoccuper que de jeter un rapide coup d’œil sur les deux tampons de la veille.
Et nous voilà de nouveau sur la route avec Sonia et Anatole. La circulation dans Saint-Pétersbourg est beaucoup plus dense, ce qui est normal puisque nous sommes un lundi matin, mais, une fois franchi le centre-ville, tout devient beaucoup plus fluide et sur la route qui mène vers Peterhof il n’y a aucun problème de circulation.
Peterhof, en allemand Peterhof veut dire « la cour de Pierre », est une série de palais et jardins répartis sur près de 1 000 hectares. Fondé en 1714 par Pierre le Grand sur le bord du golfe de Finlande, à environ 25 km de la ville de Saint-Pétersbourg, il accueillait la cour russe et les ambassades étrangères pendant la période estivale. Détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale, il a été restauré et offre aujourd'hui aux visiteurs sa splendeur d'origine. Le nom « Peterhof » a été remplacé par « Petrodvorets », littéralement le palais(dvorec) de Pierre, en 1944 suite aux réparations menées. Mais aujourd'hui, l'ancien nom a été redonné aux jardins et au palais. Le même nom réfère à la ville adjacente de 82 000 habitants.
Sonia nous explique qu’entre Saint-Pétersbourg et Peterhof, des nobles faisaient construire leur propre palais. Elle nous fait remarquer que l’un de ces palais a été « récupéré » par Poutine il y a quelques années et entièrement rénové pour recevoir des ambassadeurs ou autres « grands » de ce monde » dont malheureusement nous ne faisons pas partie… ou heureusement peut-être ?! Tout près de là, il y a une petite ville, ou village, tout à fait moderne, en plein développement. C’est une découverte pour nous.
Sonia nous réserve une belle surprise en ce début de journée. En effet, comme nous sommes arrivés assez tôt, elle nous amène visiter l’imposante Cathédrale de Peterhof. Une cérémonie religieuse est en train de se dérouler et Sonia nous offre d’y assister quelques instant si nous le désirons. De fait, nous y resterons jusqu’à la fin i.e. la vingtaine de minutes restantes. Mon mari, en particulier, est très impressionné par le côté grandiose de cette cérémonie religieuse: les allées et venues du prêtre dans ses très riches vêtements liturgiques, les lumières vives et variées, l’odeur de l’encens etc… Il aime aussi beaucoup et trouve très gracieux le geste d’inclinaison du corps des fidèles lorsqu’ils se signent, geste très fréquent par ailleurs et accompli avec beaucoup de recueillement, autant par les jeunes que les personnes plus âgées. Sonia nous dit que la cérémonie dure habituellement entre une et deux heures et ce, pour une cérémonie dite « ordinaire » i.e. celle de tous les jours. C’est un très beau moment à vivre et nous remercions grandement Sonia de nous avoir permis de vivre cette belle expérience!
Anatole nous conduit ensuite vers le palais de Peterhof pour la visite des jardins.
L’arrivée tient déjà du conte de fées avec la vue magique sur les dômes dorés de la chapelle Saints-Pierre-et-Paul du Grand Palais de Peterhof ! C’est là que furent baptisés les enfants du dernier tsar Nicolas II. Quatre des cinq enfants sont nés à Peterhof. Le dernier à y être baptisé, le 11 août 1904, fut le grand-duc Alexis, l'héritier du trône. À cette occasion une salve de 301 coups de canon fut tirée.
Je suis bien consciente que la visite du Grand Palais doit être fantastique, mais, voulant toujours être raisonnables, nous avions décidé de ne visiter que les jardins.
Je veux ajouter que Pierre le Grand lui-même surveillait la construction de son palais et habitait pendant ce temps dans le palais Monplaisir, sur le bord du Golfe de Finlande. C’est en 1723 que les travaux furent officiellement terminés. Il est facile d’imaginer l'ambiance luxueuse qui devait régner jadis dans les salons et appartements impériaux qui furent progressivement agrandis et remaniés selon les modes par les successeurs de Pierre le Grand.
Sous le Grand Palais se trouve la Grande Cascade avec en-dessous le canal maritime qui relie la mer aux portes du Grand Palais.
L’ensemble des palais, jardins et fontaines est constitué en terrasses où la plupart des fontaines et des petits palais se trouvent dans la partie basse.
A notre arrivée, les fontaines ne sont pas encore en marche. Nous en profitons donc pour admirer l’extérieur du Grand Palais d’autant plus magnifique qu’il se découpe sous un ciel d’un bleu éclatant.
Les fontaines devant être mises en marche à 11 heures, Sonia nous installe là où nous aurons une des meilleures vues pour que je puisse filmer à ma convenance. C’est plus solennel que je ne l’aurais cru, ne serait-ce que parce nous avons droit à un mini-spectacle, l’eau jaillissant des multiples fontaines graduellement, rythmé au son de l’hymne national russe! Tout un effet ! Personnellement, j’aurais préféré entendre un air de Tchaïkovsky…mais, je n’ai pas eu mon mot à dire pour le choix musical! Quoiqu’il en soit, c’était un autre moment inoubliable.
La Grande Cascade qui fut copiée sur celle construite pour Louis XIV dans le parc de son château de Marly est ornée de magnifiques sculptures et de près de 60 jets d'eau. L’eau dévale plusieurs vasques successives flanquées de différentes statues dorées.
La plus impressionnante des fontaines, la Fontaine de Samson, a été installée dans les années 1730. Elle présente le moment où Samson, entendez par là Pierre le Grand!, ouvre la gueule d'un lion, la Suède. En fait, la fontaine symbolise la victoire de la Russie sur la Suède dans la grande guerre nordique. Fontaine doublement symbolique puisque le lion est un élément du blason suédois et l'une des grandes victoires fut obtenue lors de la fête de Samson. De la gueule du lion surgit un jet d'eau de 20 mètres, le plus haut de Peterhof.
Puis, nous partons, tout doucement, à la découverte des autres parties du parc en compagnie de Sonia, côté ouest du parc vers le Palais de Marly. On peut admirer la Fontaine d’Eve, très belle j’en conviens, mais, ma préférée entre toutes est la Cascade au Lion! Elle n’a pas le côté spectaculaire de la Grande Cascade, loin de là, mais sa sobriété, l’eau jaillissant entre ses élégantes colonnes rappelant un petit temple grec…bref, je suis charmée. C’est mon coup de cœur! Nous sommes pratiquement seuls avec Sonia pour arpenter ces beaux sentiers bordés d’arbres qui souvent à un détour nous réservent de si belles surprises. Justement, voilà, un peu plus loin, le Pavillon de l’Ermitage qui borde la mer, où Catherine la Grande dit-on…mais là, je n’en dis pas plus long car je ne veux pas être à l’origine de vilains commérages sur le compte de cette dernière!!! Lisez plutôt la biographie de cette illustre tsarine, celle écrite par Henri Troyat par exemple. C’est absolument passionnant.
Les deux fontaines « Adam » et « Eve », occupent des positions symétriques de chaque côté du canal maritime, chacune à la conjonction de huit chemins. Après être allés du côté « ouest », celui d’Eve, nous partons maintenant en direction « est », celui d’Adam, de l’autre côté du canal maritime.
De ce côté, nous avançons tout doucement vers le Palais Monplaisir qui servait de cadre à de nombreuses fêtes du temps de Pierre le Grand. Une de ses ailes abrite le Pavillon de Bains, entièrement dédié aux soins du corps. Ce premier palais imitait les maisons hollandaises : maçonnerie en briques à joints blancs, toits peints de la couleur des tuiles en terre cuite et façades aux détails de couleurs claires. A l’ouest se tient le bâtiment de Catherine, ajouté par Catherine la Grande durant son règne. L’ensemble est charmant et très prisé par les groupes de visiteurs beaucoup plus nombreux de ce côté du parc.
Quelques fontaines-surprises dans le parc inférieur arrosent les passants qui s'en approchent. Ainsi, quiconque s’assoie sur un des bancs de la Fontaine Champignon se retrouve encerclé d’un rideau liquide. La Fontaine Chêne lance quant à elle des jets d’eau de ces branches métalliques. Sur la route des Fontaines, des jets d’eau surgissent de derrière les bancs. A entendre les cris des écoliers en visite et leurs éclats de rire, on devine facilement où se trouvent ces fontaines amusantes. Plus classiques, la Fontaine de la Pyramide, la Fontaine d’Adam et la Cascade de l’Echiquier complètent ce cadre enchanteur. Aucun doute, il y a de quoi satisfaire tous les goûts…et tous les âges!
Comme je savais que nous serions à l’extérieur pour cette belle promenade, j’avais demandé à Sonia si je pouvais apporter mon trépied pour y poser mon caméscope. Elle n’y voyait aucun inconvénient. Alors que nous étions seuls avec Sonia près de la Fontaine du Lion, et que je m’installais pour filmer mon « coup de cœur », surgit un gardien du parc qui se met à me fixer d’un regard peu amène. Bien que ne parlant pas le russe, j’ai tout de suite compris avec ses gestes qu’il était intrigué par la présence du trépied ! Sonia a bien tout fait pour m’aider, discutant avec lui. Je voyais bien que les yeux du gardien passaient alternativement de Sonia à moi continuellement, mais, je ne savais pas pourquoi. Après l’incident, Sonia nous a dit qu’il me prenait pour une « pro », à cause du trépied, et que j’aurais dû avoir une permission spéciale pour filmer en ce cas. De son côté, elle tentait de lui dire que je n’étais qu’une gentille petite dame âgée qui utilisait un trépied tout simplement parce que sans trépied elle tremblait trop en tenant son caméscope! Eh bien, peut-être est-ce flatteur pour moi après tout,…mais il n’y a pas cru! Si j’avais su, bien sûr que j’aurais joué le jeu et que je me serais mise à « sucrer les fraises » pour le berner! J’étais heureuse toutefois d’avoir réussi à filmer la mise en marche des fontaines en toute tranquillité d’esprit avec mon fameux trépied.
Après cette magnifique promenade, nous allons au Pavillon de l’Orangerie pour nous restaurer. Comme le temps est au beau fixe, nous mangeons à l’extérieur face à la très belle Fontaine du Triton. La nourriture est plus commerciale mais le cadre est paradisiaque.
Après ces quelques heures enchanteresses, nous quittons non sans jeter un coup d’œil pour admirer une dernière fois ces jardins extraordinaires et nous rejoignons Anatole qui nous ramène à Saint-Pétersbourg pour, enfin je l’espère, faire un peu de shopping. Je ne sais pas si vous avez remarqué comment jusqu’à maintenant j’ai été raisonnable… Je ne suis entrée dans aucune boutique de Saint-Pétersbourg et n’ai fait aucun achat, même pas une carte postale…un exploit, quoi!
Je comptais toutefois bien me rattraper en ces dernières heures dans la ville et pour ce faire, j’avais planifié, avec l’accord de mon mari bien sûr, un « peu » de temps consacré au shopping! Eh bien, là encore, on me vole de ce précieux temps, qui n’était déjà pas trop long!, parce que dans la voiture, mon mari fait la remarque à Sonia qu’il aurait bien aimé faire un tour de métro.
Qu’à cela ne tienne! Sonia, toute heureuse de pouvoir satisfaire cette petite envie, s’arrange avec Anatole pour que ce dernier nous laisse à une certaine station de métro et nous reprenne trois stations plus loin. Tant pis pour le temps perdu du shopping, car je dois avouer que ce petit tour de métro valait vraiment la peine. Je ne sais pas quelles stations nous avons vues, mais je vous certifie que ça fait une drôle d’impression de voir des colonnes de marbre et des lustres magnifiques dans une station de métro! Dommage qu’il soit défendu de prendre des photos ou filmer mais, croyez-moi sur parole, j’étais très impressionnée…et encore, je ne sais même pas si j’ai vu les plus belles! J’en oublie presque le shopping!
Pourtant, il vient ce shopping, non toutefois sans s’être de nouveau arrêtés pour admirer une autre magnifique vue sur la ville d’un petit pont tout près de la boutique où Sonia nous amène. Jamais, au grand jamais, vous auriez pu deviner qu’il y avait une boutique à cet endroit. Aucune enseigne ne vous l’indique. Je suppose que seuls les guides connaissent ce genre de boutiques de souvenirs et doivent y venir avec leurs clients?! Je suis bien contente car j’y trouve des souvenirs de qualité qui font bien mon bonheur. Après mes achats, nous avons droit à un petit verre de vodka, et là, je ne peux même pas vous dire quel goût a la vodka tant c’est fort et que ça vous assomme! Petite anecdote : lorsque je viens pour payer, on me dit que ma carte, Visa en occurrence, est refusée! Ça fait une drôle d’impression sur le coup. Mon mari sort alors la sienne….refusée également! C’est curieux car le midi sa carte avait été acceptée au restaurant. Heureusement que j’avais la carte « Ne partez pas sans elle! » qui, elle, a été acceptée sans problème! C’est avec ce petit incident que j’ai appris qu’il vaut mieux « avertir » les compagnies de crédit de nos déplacements en pays étrangers tel que demandé par eux d’ailleurs. Ils acceptent une transaction s’il s’agit d’une petite somme comme celle du restaurant, mais pour une somme plus importante, vous risquez de voir refuser la transaction.
Après cette petite frousse, nous revenons au port et faisons nos remerciements si sincères à Sonia et Anatole grâce à qui nous avons passé deux journées inoubliables!
Le passage du contrôle est des plus rapide et dans la cabine, nous nous remémorons déjà toutes les merveilles vues dans cette ville qui a tant à offrir.
Après une petite toilette et un changement rapide de vêtements, hop, on se présente à la salle à manger avec l’intention de relaxer tout en savourant un délicieux repas. C’est une fois entrés dans la salle que j’ai l’impression que quelque chose cloche..mais quoi? Mon mari me dit que non, tout est correct! Mais j’insiste qu’il y a quelque chose qui ne va pas…et tout à coup, ça y est, j’ai compris… c’est « nous » qui jurons dans le décor!!! Eh oui, c’est soir de gala…alors que nous sommes habillés « smart casual », et j’ose dire, plutôt « casual » que « smart »!!! Ce sont les chaises recouvertes de blanc qui avaient tout d’abord attiré mon attention, puis, les serveurs eux-mêmes et enfin les croisiéristes vêtus avec élégance comme il se doit! Je ne vous dis pas de quoi nous avions l’air à côté d’eux!!! Tout est de ma faute car la veille, j’avais jeté le « Daily Program » sur la commode sans même y jeter un coup d’œil et, dans mon esprit, il me semblait inimaginable que l’on mette une soirée de gala après deux journées aussi intensives que celles de Saint-Pétersbourg!
Je m’excuse donc auprès du serveur allant jusqu’à dire que nous sommes prêts à aller manger au café Lido. Mais, gentiment, il nous dit que nous sommes très bien comme cela, çà c’est à voir!!!, et une fois passés la petite gêne du moment, nous dégustons un bon filet mignon…en se moquant complètement de ce que les autres doivent penser de nous!!!
Le soir, d’autres émotions nous attendent car nous passons au large de Kronstadt sur l’Ile de Kotline, dans le golfe de Finlande, à 20 km de Saint-Pétersbourg dont elle constitue un poste de défense avancé. Cette base navale très importante de Russie est célèbre pour les mutineries de marins en 1905, 1917 et son insurrection contre le gouvernement soviétique en février-mars 1921. Depuis une dizaine d’années, il est possible de visiter la ville mais, pendant très longtemps, elle a été entouré d’un tel mystère que nous avons l’impression de vivre un autre moment exceptionnel ne serait-ce qu’en apercevant le dôme de sa très imposante cathédrale, quelques sous-marins, bâtiments et autres… Pour mon mari, enchanté et heureux comme un enfant à qui l’on vient d’offrir un merveilleux jouet, cela ne pouvait mieux terminer ce court, mais combien mémorable, séjour en Russie.
Et sur ce, je termine en vous disant :
From Russia with love,
Oum
Pour les photos de Peterhof :
http://picasaweb.google.ca/Oumledauphin1/19SaintPetersbourg03Mai2009#