8 janv. 2010, 00:09
30 octobre 2009: Jérusalem en Israël
Le 30 octobre au matin, nous arrivons dans le port d’Ashdod. Ashdod, située dans le district Sud d’Israël est la cinquième plus grande ville et le premier port du pays, Située sur la plaine du littoral à mi-chemin entre Tel Aviv et Gaza, elle est à 35 km de Tel Aviv, et à 70 km de Jérusalem. C'est, paraît-il, une ville très dynamique et qui a eu une croissance récente très rapide, notamment grâce à l'apport de nouveaux immigrants en provenance de France, d’Éthiopie, de Russie et d’Amérique latine.
Mais, pour les croisiéristes que nous sommes, Ashdod n’est que le point de départ d’excursions qui mèneront la majorité d’entre nous à la ville sainte entre toutes, Jérusalem. Pour votre information, je dirai que Celebrity offrait aussi des excursions pour Tel Aviv et Jaffa et même pour Massada et la Mer Morte.
Connaissant assez bien la ville pour y avoir déjà séjourné, mon mari et moi avions acheté une excursion qualifiée de « moderate » et appelée « Leisurely Jerusalem », étant spécifié dans la description du tour que cette excursion avait été spécialement conçue pour ceux qui ne voulaient pas trop marcher… donc, parfait pour mon mari!
Nous sommes partis, par car, en empruntant la “Route du Courage”, parsemée, entre autres, de restes des convois qui ont essayé d’atteindre Jérusalem pendant la Guerre d’Indépendance. C’est lors du premier « arrêt-pipi » que nous rencontrons les premiers jeunes soldats israéliens….peut-être les Chevaliers des temps modernes quoi! Ils étaient nombreux en cet endroit qui, paraît-il, était un ancien poste de police occupé par les Anglais lorsque la Palestine était sous mandat anglais, poste récupéré par les Israéliens par après et qui sert maintenant à l’armée israélienne. Et tout à coup je réalise qu’en 1995, lors de notre voyage en Israël, c’est partout à travers le pays que nous rencontrions de ces jeunes soldats et que, de fait, il est plutôt surprenant que nous n’en ayons pas vu à Haïfa la veille!
Puis, après ce court arrêt, nous filons directement vers Jérusalem dont la dénomination israélienne officielle est Yerushaláyim en hébreu.
Cette ville du Proche-Orient tient une place prépondérante dans les trois grandes religions monothéistes juive, chrétienne et musulmane…mais aussi, dans le sentiment « national » israélien. L’État d’Israël a proclamé Jérusalem unifiée comme étant sa « capitale éternelle », cette désignation, bien sûr, n’étant pas reconnue par l'ensemble de la communauté internationale.
Jérusalem est située sur les Monts de Judée, dont le Mont Sion, à 745 m d’altitude moyenne, avec de fortes variations entre monts et vallées, de 700 à 800 m environ. Par exemple, le Mont Scopus culmine à 826 m et la vallée du Cédron descend sous les 600 m. La ville est très hétérogène s’y mêlant de nombreuses religions, peuples et groupes socio-économiques. La partie la plus intéressante pour les touristes que nous sommes est sans contredit la partie nommée « vieille ville », entourée de remparts, est constituée de deux quartiers à dominante arabe, dits quartier chrétien et quartier musulman, ainsi que d’un quartier à dominante arménienne et d’un quartier à dominante juive.
Le guide nous arrête un court moment sur le Mont Scopus, situé au nord-est de la vieille ville, à cause du panorama avantageux sur les collines désertiques qui entourent la ville. Contrairement au reste de la partie orientale de Jérusalem, le Mont Scopus est israélien depuis la guerre israélo-arabe de 1948. La souveraineté d’Israël sur le Mont Scopus est internationalement reconnue et il est inclus dans les limites officielles que les Israéliens attribuent à la ville.
Mais, là, où nous ferons une pause beaucoup plus longue pour admirer la ville dans toute sa beauté, c’est au belvédère du Mont de Oliviers, qui est une colline à l’est de Jérusalem. On a dit de cet endroit que, pèlerins ou conquérants, tous s’arrêtèrent pour contempler la cité si convoitée qui s’offrait ou se dérobait à leurs désirs. Ce lieu est important pour les trois religions monothéistes.
Pour la religion juive, l’importance du lieu tient à la présence d'un immense cimetière juif. Selon la tradition juive, le Mashia'h, Messie, qui amènera la résurrection des morts, passera en premier lieu par le Mont des Oliviers avant d'entrer dans Jérusalem. C'est donc les personnes enterrées en ce lieu qui seront les premières ressuscitées.
Pour le christianisme, outre le cimetière, la colline est couverte de nombreux monuments chrétiens. Ainsi en est-il du Carmel du Pater où la prière chrétienne du « Notre Père » est présentée en mosaïques le long d’un cloître, en diverses langues. A mi-pente, on trouve la chapelle du « Dominus Flevit », locution latine signifiant « le Seigneur a pleuré », qui commémore la lamentation de Jésus sur Jérusalem qui refusait d’accueillir son message, et, un peu plus bas, une église orthodoxe, « Maria Magdalena », aux clochers ornés de bulbes dorés si caractéristiques du style russe et qui fut construite in extremis par la Russie tsariste juste avant la révolution de 1917. Enfin, tout en bas de la colline, se trouve le Jardin de Gethsémani et la basilique de l’Agonie aussi connue sous le nom de l’Eglise de Toutes les Nations.
Enfin, pour l’islam, des mosquées sont également présentes, entre autres, sur le lieu où les chrétiens vénèrent la mémoire de l’Ascension de Jésus.
Le guide nous laisse un long moment en ce lieu pour, dans un premier temps nous permettre de contempler et je dirais même rêver devant la vue panoramique de cette ville à nulle autre pareille, puis identifier et relater certains évènements importants de quelques-uns des monuments les plus importants que nous voyons.
Dans le ciel au-dessus de la ville, de gros nuages gris alternent avec des pans de ciel tout bleu, ce qui permet au soleil de mettre en lumière certaines parties de la ville en contraste avec d’autres qui sont restées sous l’ombre des nuages. Cette lumière particulière ajoute sans aucun doute à la beauté de la vue d’autant plus que l’air vif est pur et cristallin. Le guide demande également à un croisiériste de lire quelques extraits de la Bible appropriés à ce que nous admirons, ce qui ajoute à l’intensité émotive du moment vécu en ce lieu.
Derrière les remparts de la ville, au premier plan, nous voyons l’esplanade des Mosquées, pour les musulmans, appelé esplanade du Temple par le juifs, sur laquelle se repère très facilement le célèbre Dôme du Rocher, érigé à l’emplacement de l’ancien Temple d’Hérode, qui est l’un des plus anciens monuments musulmans puisqu’il porte la date de sa construction l’an 691. On le nomme parfois la mosquée d’Omar, faussement d’ailleurs, puisqu’il ne doit rien en fait au conquérant de Jérusalem et n’est pas non plus une mosquée! En fait, c’est un monument commémoratif qui protège un rocher laissé à nu, lieu du sacrifice d’Abraham, patriarche biblique ancêtre des peuples juif, par son fils légitime Isaac, né de son épouse Sarah, et arabe, par son fils Ismaël, né de sa servante Agar, mais également revendiqué par les chrétiens qui se considèrent comme ses héritiers spirituels.
Pour ceux qui ne le savent pas, le sacrifice d’Abraham se rapporte brièvement à l’évènement suivant:
Dieu met Abraham à l’épreuve et lui dit : « Prends ton fils unique; va-t’en au pays de Moriah, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai ». Abraham obéit.
Au moment du rituel, un ange vient et ordonne à Abraham d’épargner Isaac : « n’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique ».
Cet épisode est interprété comme une épreuve envoyée par Dieu pour « tester » la foi d’Abraham.
Un bélier est sacrifié à sa place. La tradition juive place ce sacrifice interrompu sur le Mont Moriah à l’emplacement actuel du Dôme du Rocher.
En bordure de l’esplanade, on peut aussi apercevoir la mosquée Al Aqsa, qui, elle, est une véritable mosquée, achevée en 715 et qui, d’après mes lectures, ne conserve rien de son premier aspect, si ce n’est son plan d’ensemble. Tout au long de sa longue histoire, elle connut de nombreuses vicissitudes et de très nombreuses restaurations dont les dernières datent des années, somme toute récentes, de 1938-1942 alors que le dictateur italien Mussolini lui fait don de colonnes de marbre et que le roi Farouk lui fait cadeau des peintures du plafond. Il s’agit de la plus grande mosquée de Jérusalem où 5 000 fidèles peuvent prier.
Au pied de l’esplanade, se trouve le Occidental aussi appelé Mur des Lamentations dont je parlerai un peu plus loin.
Pas très loin derrière l’esplanade, on peut aussi apercevoir le dôme bleu de l’Eglise du Saint-Sépulcre, lieu saint et émouvant entre tous pour tous les chrétiens du monde, puisqu’elle abrite le tombeau du Christ, construit sur la grotte où le corps du Christ aurait été déposé après avoir été descendu de la croix à Jérusalem. C’est là que se termine la Via Dolorosa, qui se traduit par « Chemin de la Souffrance », et qui, selon la tradition chrétienne, serait le chemin que Jésus emprunta avant sa crucifixion. Ce chemin est marqué par neuf des quatorze Stations du chemin de Croix alors que les cinq dernières stations sont à l'intérieur de l’église du Saint Sépulcre. Bien sûr, l’idéal pour pouvoir s’y recueillir et méditer un peu, est de la visiter à son rythme sans se sentir pressé, mais, je vous conseille d’y aller, même avec un groupe, si vous ne pouvez faire autrement.
Avec ces quelques exemples, vous aurez compris que la vue du belvédère est déjà un premier pas pour embrasser d’un coup d’œil toutes les richesses offertes par cette ville si attachante et que je suggère très fortement de faire cet arrêt à qui vient ici pour la toute première fois.
Si maintenant je reviens à notre excursion, nous partons du belvédère pour aller visiter le Jardin de Gethsémani et la basilique attenante dite Basilique de l’Agonie ou Eglise de Toutes les Nations.
Le nom Gethsémani correspond à la forme grecque du terme hébraïque gat shemanim, qui veut dire « pressoir à huile » sous-entendu d’olive. Les quelques oliviers du jardin attenant sont très anciens et certains d’entre eux ont des troncs vraiment impressionnants. J’ai lu qu’il est difficile de dater les oliviers car ces arbres renouvellent aussi bien leur tronc que leurs racines, de sorte qu’un arbre d’apparence jeune peut, en fait, avoir de vieilles racines. Mais, par ailleurs, il n’est pas exclu que les oliviers aux troncs tortueux auraient pu être de jeunes arbustes lorsque Jésus vint là, accompagné de ses disciples la nuit fatidique qui suivit la Dernière Cène… ou du moins, puissent être les descendants des oliviers du temps de Jésus.
Aujourd’hui, nous admirons les arbres vénérables qui se dressent au milieu de massifs de fleurs bien entretenus, mais il faut se rappeler que du temps de Jésus, c’était une oliveraie qui s’étendait là, avec son pressoir à huile. Toutefois, n’allez pas imaginer un cadre idyllique où vous vous promènerez dans un grand jardin au milieu des arbres, non, ce n’est pas cela, il reste moins d’une dizaine d’oliviers, protégés derrière une clôture, mais je peux vous assurer que vous ressentirez une vive émotion en les regardant et en cherchant à percer leur mystère! J’ajouterai que le plus jeune olivier du lieu est, sans doute, celui planté par le Pape Paul VI lors de sa visite en Terre Sainte en 1965
A proximité, se trouve l’impressionnante Basilique de l’Agonie dont le nom vient de ce que c’est à cet endroit que, selon la Tradition chrétienne, Jésus aurait vécu ses derniers moments de prière et d’agonie avant son arrestation. La basilique actuelle, dessinée par l’architecte Antonio Barluzzi, date de 1924 et repose sur les fondations de deux lieux saints antérieurs : une chapelle des croisés du 12ième siècle, abandonnée en 1345, et une basilique byzantine plus ancienne, datant du 4ième siècle, détruite par un tremblement de terre.
En face de l’autel se trouve un pan du rocher identifié comme l’endroit où Jésus pria seul la nuit de son arrestation. Le rocher est clôturé d’une couronne d’épine en fer forgé. Les absides abritent aussi plusieurs mosaïques représentant l’Agonie du Christ consolé par un Ange, le Baiser de Judas et l’Arrestation du Christ.
Jésus se rendait très souvent à cet endroit pour prier avec ses disciples et en particulier il est allé y prier avec ses disciples après la dernière Cène et c’est là qu’il a vécu son agonie avant d’être arrêté. C’est là qu’il a versé une sueur de sang, c’est là qu’il a prié. C’est là également qu’il a été trahi, arrêté et ligoté. Les évangélistes Marc, Matthieu et Luc font mémoire de la tristesse et de l’angoisse de Jésus, de sa sueur de sang, car c’est l’heure du combat contre les ténèbres. Saint Luc raconte qu’un ange vient réconforter Jésus alors qu’aucun témoin n’est présent à ce moment. Il se pourrait qu’il tienne cette information de la mère de Jésus, qui par une intense communion spirituelle, aurait perçu cet événement.
L’évangéliste saint Jean met l’accent sur le fait que c’est en toute liberté que Jésus accepte son destin tragique: c’est Jésus, en effet, qui interroge les soldats venus l’arrêter et leur demande « qui » ils cherchent et, lorsque ces derniers répondent « Jésus de Nazareth », il leur déclare « C’est moi », tout comme Dieu a révélé son nom à Moïse en lui disant « Je suis » au Sinaï. Les soldats tombent et se prosternent.
Nous entrons dans la basilique et malgré la brièveté de la visite nous pouvons constater l’effet produit par les vitraux qui, constitués d’albâtre translucide d’un bleu violacé, produisent intentionnellement un éclairage tamisé, propice au recueillement. Par ailleurs, six colonnes monolithiques soutiennent douze coupoles décorées sur leur face interne de mosaïques représentant les emblèmes nationaux des communautés donatrices. C’est cette décoration qui est à l’origine de la dénomination communément attribuée à la basilique, soit l’Eglise de Toutes les Nations.
En attendant le car, nous avons une belle vue sur la Porte Dorée, Sha'ar Harahamim en hébreu, qui est la plus ancienne ouverture pratiquée dans les fortifications de la vieille ville et qui date du 5ième siècle. Cette porte est également appelée « Porte de la Miséricorde » ou encore « Porte de la Vie éternelle », elle est située au milieu de la muraille Est et aurait été utilisée à des fins rituelles dans les temps bibliques. Cette porte est fermée depuis 1541, sur ordre de Soliman le Magnifique car, selon la tradition juive, c'est par celle-ci que le Messie entrera dans Jérusalem. Autre petit fait à noter, d'après les récits apocryphes, c'est à la Porte Dorée que les parents de la Vierge Marie, Anne et Joachim firent leur première rencontre, épisode qui sera notamment immortalisé par les grands peintres Giotto et Dürer.
Nous reprenons le car qui nous amènera vers un autre lieu saint, de fait le plus saint pour les Juifs, soit le Mur Occidental, en hébreu HaKotel HaMa'aravi, surnommé le Kotel, i.e. le Mur.
Pour comprendre l’importance du lieu saint, il faut remonter au roi Salomon qui édifia le premier temple, sur le Mont Moriah, là où Abraham offrit à Dieu son fils Isaac en sacrifice. Ce temple fut détruit et un second, plus modeste, fut construit au retour de l’exil à Babylone. Mais, c’est à Hérode que l’on doit les quelques vestiges du sanctuaire qui, en son temps, fit l’admiration de tout l’Orient. Il éleva une plate-forme qui était à l’époque la plus vaste du monde avec 500 m de côté et c’est là, que vers l’an 19 av. J.-C., qu’il éleva son Temple, celui-là même qui joua un grand rôle dans la vie publique de Jésus, selon les Evangiles. Ce Temple fut détruit par l’armée de Titus en l’an 70, et il n'en reste aujourd'hui comme vestige que les murs de soutènement de l'esplanade construite par Hérode et les restes des arches qui permettaient l'accès à l'esplanade. Le Mur Occidental constitue une partie du mur de soutènement ouest. Seuls les sept premiers niveaux des pierres du Mur Occidental sont cependant d'époque hérodienne, les quatre niveaux supérieurs étant postérieurs à la conquête de Jérusalem par les arabes.
J’ajouterai que l’esplanade où se trouvait le fameux Temple d’Hérode est, de nos jours, l’esplanade des mosquées, là où se trouvent le Dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa, dont j’ai parlé plus haut.
Il est révéré par les juifs pour sa proximité avec le Saint des Saints, soit le lieu le plus saint du Temple puisqu’il abritait l’Arche de l’alliance. Cela signifie que ce Mur Occidental est considéré comme l'endroit le plus saint généralement accessible aux juifs pour la prière.
Hommes et femmes juifs viennent prier ou se recueillir à toute heure auprès du mur. De nombreuses arches saintes contenant des rouleaux de la Torah ainsi que des tables pour y lire ont été aménagées, ce qui fait techniquement du mur une grande synagogue à ciel ouvert. Une cloison séparant hommes et femmes a également été installée. Le site est fréquemment choisi pour des célébrations et cérémonies, en particulier celles de la Bar Mitsvah, aussi appelée communion juive. Beaucoup sacrifient à la coutume fort populaire bien que non unanimement approuvée de déposer des feuillets contenant des souhaits ou des prières dans les fentes et crevasses du mur.
Le Mur Occidental est également un symbole national israélien, et des cérémonies non intrinsèquement religieuses s'y tiennent, notamment la commémoration des soldats morts pour la patrie et des victimes du terrorisme anti-israélien.
Pourquoi le Mur Occidental est-il aussi appelé Mur des Lamentations ? Le terme usuel de "Mur des Lamentations", introduit par les mandataires britanniques, fait allusion aux pèlerins venant y pleurer la destruction du Temple et l'exil du peuple juif. Il n'est pas sûr cependant qu'ils y pleuraient mais il est certain que leur psalmodie et leur balancement durant la prière et, depuis le 19ième siècle, les habits noirs des juifs orthodoxes ont pu donner l'impression qu'ils s'y lamentaient jour après jour. Mais comme les lamentations ne sont plus de mise depuis la restauration de l'État d'Israël, l'appellation Mur occidental est le terme le mieux approprié. Il est également possible que cette appellation, Mur des Lamentations, soit une simple traduction de la dénomination arabe « el-Mabka » qui rappellerait elle aussi l'habitude juive de se lamenter en cet endroit de la perte du Temple de Jérusalem, incendié par les troupes de Titus.
Le car nous dépose près de la Porte des Détritus, porte la plus proche du Mur Occidental. Mais, au lieu de nous mener rapidement sur l’esplanade pour que les croisiéristes qui le désirent puissent aller se recueillir directement au Mur, il avance très lentement en donnant beaucoup d’explications sur les fouilles archéologiques que nous croisons sur la route qui mène au Mur. Donc, le temps passe…et les explications s’éternisant, je réalise que ce sera d’autant moins de temps disponible pour la visite du Mur!...sans compter que la « pause-pipi » semble devenir de plus en plus nécessaire pour beaucoup d’entre nous!
Après, je ne sais combien de temps, car le guide semble aussi volubile que moi avec l’écriture de ce compte-rendu!, nous finissons tout de même par arriver sur une grande place et voilà enfin, nous apercevons le Mur en face de nous!
Mais, avant d’aller au Mur, certains cherchent à lui couper la parole car, tout ce que nous voudrions savoir, c’est
1o) Où sont les toilettes?
2o) De combien de temps disposons-nous pour nos dévotions?
3o) Où devons-nous rejoindre le groupe pour le retour?
Il me semble que c’est assez simple, non?! Il faut croire que c’est « trop » simple car le guide, pas du tout intéressé par nos questions bassement triviales, continue son cours d’Histoire sans nous répondre d’aucune façon.
Ayant réussi à repérer où sont les toilettes, j’y envoie mon mari en lui disant de m’attendre à la sortie lorsque j’y serai allée moi-même après que le guide ait enfin daigné répondre aux deux autres questions.
Une dame qui n’en pouvait vraiment plus, la pauvre, finit par l’interrompre et « insiste » pour qu’il nous dise de quoi il en retourne pour nous. Et là, il me semble bien avoir compris que nous disposions d’une vingtaine de minutes et que le rendez-vous pour le retour était sous un drapeau qu’il nous montrait du doigt, pas très loin vers la sortie.
Comme il ne semblait pas y avoir de problème, je suis partie avec la dame vers les toilettes d’abord…et ensuite, « récupéré » mon mari qui, lui, aurait dû être déjà sorti depuis longtemps des toilettes d’hommes mais qui, je ne sais plus pour quelle raison, ne parvenait pas à en sortir! Bon! Enfin, nous nous retrouvons malgré tout et là, il me dit qu’il aimerait bien aller se recueillir au Mur. Je lui réponds qu’il a le temps s’il fait vite, car avec tout ce temps perdu il reste une quinzaine de minutes avant de rejoindre le guide. Il me promet de ne pas rester longtemps et le voilà parti pour sa prière.
Moi, pendant ce temps, j’en profite pour le filmer au Mur, mais c’est tout de même assez difficile car il est perdu au milieu des autres pèlerins et j’ai du mal à le repérer. Au moment où je crois l’avoir reconnu près du Mur, voilà la pluie qui se met à tomber. D’abord quelques petites gouttes…mais, très rapidement des gouttes beaucoup plus grosses et denses de sorte que les pèlerins près du Mur reviennent presque tous rapidement… dont mon mari, bien sûr! Et lorsque mon mari me rejoint, c’est un véritable déluge orageux qui s’abat sur Jérusalem!
Que faire? Sans parapluie, car, bien entendu, dans mon optimisme j’ai laissé les deux parapluies dans le car, sans même aucun étui et même aucun sac quelconque pour couvrir mes caméras, nous essayons de nous mettre un peu à l’abri. Mais la pluie avait une telle intensité que nous sommes déjà presque complètement trempés lorsque nous parvenons à nous abriter. Et qui plus est, cet abri est loin de l’endroit où nous devons rejoindre le guide, de fait presqu’à l’autre extrémité de la place. D’ailleurs, de loin, je discerne le lieu de rendez-vous…mais je ne vois personne sous le drapeau!...ni guide, ni croisiériste!
Mon mari veut que nous attendions sous cet abri…mais, moi, j’ai du mal à tenir en place car je vois l’heure qui avance et je nous sens seuls, ne reconnaissant personne autour de nous! Et ce moment de solitude légèrement angoissante, est justement celui que choisit mon mari pour me faire une confidence. Eh oui, imaginez que mon mari m’explique qu’il se sent un peu « bizarre » car il pense avoir une certaine « responsabilité » dans ce qui arrive!! Comment ça, responsable? Eh bien, il paraît que cet orage violent s’est déclenché au moment où lui, mon mari pèlerin, mettait le bout de sa canne en contact avec le Mur car, me précise-t-il, avec la grippe H1N1, il n’était pas question bien sûr de toucher le Mur, si saint soit-il, avec la paume de sa main ou même du bout d’un doigt! Et, ajoute-t-il, c’est là qu’il a réalisé toute la distance qui le séparait de Moïse puisque Moïse a réussi en levant la main à se faire séparer les eaux de la mer Rouge lors de la libération de son peuple…alors que lui, mon pauvre mari, aurait plutôt réussi à ce que toute l’eau du ciel nous tombe dessus en touchant le Mur du bout de sa canne?! Là, j’avoue que je reste bouche bée et ne sais quoi répondre…si encore une réponse est possible en de pareilles circonstances.
Mais, toujours paralysés par la forte pluie sous cet abri, le temps passe et je deviens de plus en plus anxieuse. Je veux quitter l’abri pour au moins rejoindre un endroit plus près du lieu de rendez-vous. Profitant d’un moment de légère accalmie, j’entraîne mon mari qui, encore sous l’effet du choc psychologique qu’il vient de vivre, me suit, mais vraiment à contrecoeur, en geignant et se lamentant avec des déclarations telles que « Je vais attraper la crève! », « On va devoir m’amener à l’hôpital!» ou même « C’est sûr, je vais attraper une pneumonie et mourir! »etc… bref, la totale pour m’effrayer! Ajouter à cela que la pluie a repris de plus belle pendant que nous tentions de traverser la place, et vous comprendrez que c’est dans un état lamentable, plus trempés que jamais, que nous arrivons sous le drapeau du rendez-vous manqué, là où, bien sûr, il n’y a pas plus de monde que dix minutes plus tôt!
Que faire? D’abord, moi, avant de penser à la mort plus qu’incertaine de mon mari, je pense à mes pauvres caméras et j’essaie du mieux que je peux de protéger ma caméra photo sous mon imper, sacrifiant mon piteux caméscope qui dégouline dans mes mains presque gelées, car j’ai oublié de mentionner que la pluie est plutôt froide, Dieu merci!...et dire que tout ça pourrait être dû au soit-disant « pouvoir! » ignoré de mon mari qui, n’en doutez pas, continue ses lamentations!
Puis, ayant repéré un petit local où des gens sont à l’abri, je m’empresse d’y entraîner mon mari. Je regarde tout le monde à la dérobée, essayant d’y reconnaître un visage plus familier ou ayant l’air d’un croisiériste de l’Equinox, mais là encore, je ne reconnais aucun visage, ni aucun auto-collant sur un vêtement. Alors, doucement mais sûrement, je sens la panique s’emparer littéralement de mon esprit, et cette panique doit être contagieuse car il me semble que mon mari n’est guère plus brillant que moi! Nous devons avoir l’air de deux pauvres loques humaines perdues!
Rassemblant mes dernières énergies pour garder le contrôle de mes nerfs, je pense que peut-être nous pourrions prendre un taxi pour retourner au bateau qui, je le rappelle, est à Ashdod, à plus de 50 km, et je compte mes euros et mes dollars, me demandant, tout d’abord si nous en avons assez pour payer la course et puis, ensuite, là est le nœud du problème, où aller pour dénicher un taxi?
Malgré la panique, faisant toujours des efforts pour garder mon calme, j’aperçois un autre lieu qui, me semble-t-il, est près de l’endroit par où nous sommes entrés, si tant est que je me souvienne vraiment par où nous sommes venus! Mais, comme je n’ai rien à perdre, j’y vais et là, premier espoir, je vois enfin des gens avec des auto-collants, pas le même numéro de car que nous, mais au moins des croisiéristes de l’Equinox. Je repars annoncer cette bonne nouvelle à mon mari et, toujours marchant sous la pluie, rejoignons leur abri. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, enhardie par mon succès, en m’aventurant un peu plus loin, je trouve, enfin!, deux croisiéristes de « notre » groupe qui, comme nous, sont seuls et perdus! L’idée d’un taxi à quatre me vient immédiatement à l’esprit, mais, eux, semblent plutôt prêts à attendre en espérant que quelqu’un de notre groupe vienne nous chercher.
Et, tout à coup, comme dans un conte de fées, finalement, un bon ange, et non une fée, envoyé par le guide nous a trouvés tous les quatre, ange qui nous a ramenés auprès de notre guide qui nous attendait, avec deux autres brebis perdues et récupérées comme nous, et, c’est sous une pluie encore forte que nous regagnons le car, mais là, mon mari est si heureux de pouvoir regagner le car qu’il met fin à ses jérémiades.
Trempés et exténués, nous souhaitions tout simplement revenir au bateau. Mais l’excursion n’était pas terminée.
La seule consolation au milieu de ce désenchantement, c’est un cri de joie, un grand alléluia crié par le chauffeur reconnaissant à Dieu et enchanté que toute cette pluie tombe enfin sur Jérusalem, pluie qui, selon lui, était plus que nécessaire, me rappelant ainsi que le malheur des uns fait le bonheur des autres!
Par la suite, je me souviens que le car est reparti et que le prochain arrêt était pour le shopping…shopping qui s’est fait sans nous, car nous ne sommes même pas descendus du car. Mieux valait m’abstenir de tout achat étant donné mon état d’esprit pas encore suffisamment calmé. Puis, nous avons bien dû aller manger au restaurant ou dans un hôtel, mais, là, c’est le trou noir complet et ni mon mari ni moi ne parvenons à nous souvenir où et quoi nous avons mangé!
Tout ce dont je me souviens c’est qu’après le lunch, l’excursion a continué pour une visite de la partie plus moderne de Jérusalem. Je nous revois passant devant l’hôtel du Roi David où je ressens une légère nostalgie en pensant aux beaux moments vécus en 1995 lors de notre séjour dans cet hôtel que j’avais adoré.
Je revois également notre passage dans le quartier ultra-orthodoxe, ou haredi, très vivant, sans doute en partie à cause de la présence des enfants dans la rue, des vêtements mis à sécher aux fenêtres etc… J’ai lu que plus d'un quart de la population de Jérusalem est ultra-orthodoxe…ce qui n’est pas rien, tout de même. J’aime ce quartier vraiment dépaysant pour nous, en plein cœur de Jérusalem, où déambulent ces Juifs orthodoxes qui portent le costume traditionnel : les peot, i.e. barbe et papillotes, des toques de fourrure, d'épais habits noirs pour les hommes et des châles pour les femmes. Des pancartes avertissent les visiteurs que le port de vêtements " indécents" est inconvenant et n'est pas toléré. Même si dans certains quartiers ultra-orthodoxes de nos villes américaines nous connaissons un peu de cette atmosphère, j’ai l’impression qu’à Jérusalem, c’est encore plus captivant.
Enfin, le dernier arrêt sera consacré au Parlement de l’Etat d’Israël, la Knesset. Mais, comme la pluie est encore assez intense, nous restons presque tous dans le car et le guide part avec deux ou trois braves qui tiennent à y aller. J’ai comme l’impression que plusieurs croisiéristes n’en sont pas à leur première visite en Israël et c’est pourquoi ils renoncent si facilement à passer encore 20 minutes sous la pluie à écouter les explications du guide, même si cela est sans doute intéressant.
Et enfin, nous reprenons le chemin vers Ashdod où, je vous le dis bien honnêtement, nous étions bien heureux de retrouver « the magnificent vessel named Equinox »! Enfin changés et bien au sec, nous quittons Israël pour découvrir au cours des deux prochains jours une autre civilisation, soit celle des Pharaons. Et là, ce sera notre première vraie découverte de cette croisière car ni mon mari ni moi n’avons jamais mis les pieds en Egypte.
A notre retour de croisière, lorsque mon mari raconte son aventure de Jérusalem à son cousin français, celui-ci lui répond : « Ça ne m’étonne pas de Jérusalem! ». Quelle est la signification de ces paroles qui, à priori, me semblent mystérieuses? Après mûre réflexion, j’en arrive à penser qu’il a peut-être souffert du syndrome du voyageur, et plus spécifiquement, du syndrome de Jérusalem. Pour ceux qui l’ignorent, le syndrome du voyageur est un trouble psychique généralement passager que rencontrent certaines personnes confrontées à certains aspects de la réalité du pays visité, par exemple l'abondance d'œuvres d'art pour le syndrome de Stendhal ou de Florence, de symboles religieux pour le syndrome de Jérusalem, etc…
Et, comme rien ne vaut quelques exemples, je partagerai avec vous ce que j’ai trouvé à ce sujet.
Concernant le syndrome de Jérusalem, il semble que ce soit le Mur Occidental qui est le plus propice pour déclencher l’apparition du syndrome, à cause de l’atmosphère historique et spirituelle qui imprègne les lieux. On y trouve d'authentiques faux messies, des égarés de tout poil, des illuminés, qui partagent le même goût pour les petites heures de la nuit. Passé minuit, ils se délectent tous de l'aura mystique qui se dégage du Mur. Leur psyché est alors enflammée par l'ancestrale sainteté ambiante.
C'est le Dr Yaïr Bar-El, psychiatre, ancien directeur de l'hôpital de Kfar Shaul à Jérusalem qui a, le premier, identifié ce syndrome. Le Dr Bar-El précise d'emblée que les touristes ne sont pas les seules victimes du syndrome, des résidents permanents de la ville en souffrent également de façon sporadique ou chronique.
Ils vont dès lors le plus souvent se livrer à des rites de purification, prendre douche après douche, s'immerger dans un bain rituel. Ils vont aussi changer radicalement de tenue vestimentaire préférant, dans leur désir de s'identifier à des héros de la Bible ou du Nouveau Testament, les longues tuniques blanches de l'imagerie biblique.
Parfois, il en est pour qui l'intervention temporaire d'un service psychiatrique s'avère indispensable. Cet enseignant danois, par exemple, qui a visité la Ville sainte cinq fois en cinq ans et qui était convaincu que cet endroit était le seul où il pouvait communiquer directement avec Jésus. Lorsqu'il se prit à dialoguer à pleins poumons avec la Vierge Marie, qu'il apercevait assise sur la coupole du Dôme du Rocher, l'hospitalisation devint inévitable. Son combat singulier avec les gardes du mont du Temple le conduisit directement à l'hôpital de Kfar Shaul.
Parfois, toujours selon le Dr Bar-El, les victimes du syndrome de Jérusalem ont des desseins religieux précis, tel ce Californien parti à la recherche de la vache rousse nécessaire à certains rituels de purification spécifiés au chapitre XIX des Nombres. D'autres ont des visées politiques, comme Dennis Rohan, ce jeune touriste australien déséquilibré qui mit le feu à la mosquée d'El-Aqsa en 1969.
Sur les 42 patients étudiés par le Dr Bar-El, patients sans le moindre antécédent psychiatrique, 40 étaient originaires de l'Amérique profonde, de familles protestantes très strictes où la lecture des Evangiles est la règle. Ayant intériorisé le Livre saint, ils se sont forgés une image idéale de Jérusalem. Le choc inévitablement produit par la Jérusalem « terrestre » a catalysé chez eux une réaction psychiatrique de compensation au moment du passage obligé entre la ville réelle et celle de leurs fantasmes.
Un autre psychiatre, le Dr Jordan Sher, affirme que c’est vers le Mur, devenu sanctuaire, que la plupart de ces illuminés dirigent leurs pas. Là, chacun à sa manière, extériorise son ivresse devant tant de sainteté. Ainsi Motelé, toujours de blanc vêtu, portant barbe fleurie et grisonnante, clame à un groupe de touristes "Welcome America!" Quand il prie pour la pluie de sa voix de cathédrale, la tête rejetée en arrière, les bras grand ouverts, on se croirait dans une salle de concert symphonique. Des fois, pour la frime, il se tient sur le toit du grand rabbinat pour vociférer une prière. Les non initiés s'imaginent que c'est une voix céleste et on en a vu même qui s'engagent au repentir, du moins pour la demi-heure qui suit.
Il y a aussi Gershon, tout droit venu des années soixante-dix et de Woodstock, qui traîne dans sa tenue de hippie revue et corrigée, le chef couvert de la calotte multicolore des juifs de Boukhara. Prunelles dansantes et barbiche tressautante, il caracole aux quatre vents comme un père Noël juif.
Miriam est une "squat". C'est une petite bonne femme enveloppée d'un châle qui fait des apparitions à toute heure au Mur, poussant devant elle une voiture d'enfant, traînant aussi parfois derrière elle un ou deux gamins. Elle, c'est l'astiqueuse des dalles de l'esplanade. Courtoisement, elle demande à ces dames de se tenir en retrait tandis qu'elle poursuit son dessein insurmontable de laver les dalles avec un chiffon de cuisine. Les visiteurs non initiés, s'imaginant qu'elle est une employée des services de voirie de la municipalité, s'apitoient sur le sort de cette malheureuse obligée de travailler si dur en plein milieu de la nuit!
Autant de personnages hauts en couleur, qui ne sont conformes ni au canon ni aux Ecritures. Mais, comme les générations qui les ont précédés, ils sont attirés vers le nombril de l'univers, le pivot des trois religions monothéistes.
Pour terminer vous aurez sans doute tous compris que mon mari, s’il a souffert quelque petit moment du syndrome de Jérusalem, c’était à un degré très très faible…et rassurez-vous, il a su retrouver tous ses esprits très rapidement!
Pour les photos :
http://picasaweb.google.ca/Oumledauphin1/28Novembre2009HaifaEtJerusalem#
Permettez-moi de rajouter ce qui suit concernant Jérusalem. Pour tous ceux qui iront pour la première fois dans cette ville, Jérusalem ne manque pas de mémoriaux. Mais, le plus émouvant d'entre eux, à mon avis, est celui de Yad Vashem, " mémorial éternel ", dédié à la mémoire des six millions de Juifs, victimes de l'Holocauste entre 1933 et 1945. Se voulant témoin de l'incompréhensible, Yad Vashem est porteur d'une indescriptible horreur et d'une angoisse sans précédent. Si jamais vous avez un tour privé ou si ce mémorial vous est proposé en excursion, moi, je le prendrais car vous n’avez pas idée à quel point il est émouvant de se trouver en ce lieu où tout est dit de manière si simple, si sobre et si digne! Tous, je dis bien tous, nous étions en état de recueillement, extrêmement touchés et émus. Certains faisaient des efforts pour retenir leurs larmes alors que d’autres, comme moi, ont pleuré, même à chaudes larmes, tout au long de ce pèlerinage car je n’ose dire visite dans un tel cas. Pour moi, cela a été et restera tout au long de ma vie, l’un des moments de vie les plus intenses de tous mes voyages.
Je mets ici de quoi se compose ce mémorial si jamais vous êtes intéressés. La crypte-sanctuaire, Ohel Yizkor, ou hall du Souvenir, repose sur des pierres arrondies; à l'intérieur, une flamme éternelle brûle, au milieu des blocs sur lesquels sont gravés les noms des vingt et un camps de la mort: Auschwitz, Buchenwald, Dachau, Bergen-Belsen, Treblinka... Vous pourrez également voir le mât nu du pilier de l'Héroïsme, un musée d'Art des œuvres créées par les détenus de camps de concentration, des archives importantes, le hall des Noms, où sont conservés les dossiers de plus de deux millions de victimes. L'exposition permanente " Warning and Witness " "Avertissement et Témoin" rappelle les horreurs de l'époque. L'avenue des Justes des Nations, qui conduit au mémorial, est plantée des six mille arbres célébrant les individus non juifs qui sauvèrent des Juifs au péril de leur propre vie pendant le régime nazi.