Croisière à bord de l'Equinox: Rome-Fort Lauderdale
#p3281816 févr. 2010, 16:08
Le matin du 8 novembre, l’Equinox accoste très tôt dans la plus grande île des Baléares, Majorque, précisément dans sa capitale Palma de Majorque.
Les îles Baléares, communauté autonome de l'Espagne, forment un groupe d'îles de la Méditerranée à l’est des côtes espagnoles, à la hauteur de Valence. L’archipel comprend cinq îles principales : Majorque (Mallorca), Minorque (Menorca), Ibiza, Formentera et Cabrera ainsi que quelques îlots. Notons que la seule île de Majorque, avec 3640 km², couvre à elle seule presque 75 % de l'étendue de l'archipel.
Les historiens ont toujours pensé que les premiers habitants de Majorque datent de la période néolithique soit plus de 4000 ans avant J.-C. Mais des restes de charbon retrouvé sur l'île font admettre l'existence d'une population primitive déjà à partir de 7200 avant J.-C.
Entre 3000 et 1300 avant J.-C., on remarque l'apparition de construction dite naviculaire, sorte de construction en forme de vaisseau renversé, qui servait à Majorque soit de lieux d'habitations ou de tombeaux.
Vers l’an 123 avant J.-C., les Romains envahirent l'île sous prétexte de la débarrasser des pirates qui avaient leurs repaires aux Baléares. Les Romains furent accueillis par une pluie de pierres des frondeurs majorquins, lanceurs mythiques et expérimentés. D'ailleurs, à ce jour les esprits n'ont pas oublié l'histoire, et la fronde est devenu un sport populaire à Majorque!
En l'an 425, l'île subit l'invasion et le pillage par des Vandales, peuple germanique. S'ensuit le débarquement musulman, et une assez longue période de prospérité, qui vit Medina Mayurka, soit Palma, devenir un lieu de culture.
A l'heure actuelle il ne reste que très peu de vestiges de cette époque; les bains arabes dans le vieux Palma en constituent un des derniers.
Le 31 décembre 1229, les armées d'Aragon vinrent récupérer l'île au nom de la chrétienté.
Au cours du 15ème siècle, la cartographie majorquine devint célèbre pour ses ateliers réputés en Europe de cartographie maritime.
En 1977, après le retour à la démocratie, l'archipel est en mesure de récupérer le catalan qui avait été auparavant interdit et, depuis 1983, cet ensemble d’îles fait partie des 17 communautés autonomes d'Espagne.
Parmi les excursions proposées pour cette escale, alors que nos amis avaient opté pour une excursion à Palma même, nous avions choisi l’excursion intitulée « Valldemossa », qui est un petit village à moins de 20 km du port de Palma.
A peine le temps de partir que nous sommes frappés par la beauté de l’immense marina près du port, très moderne et très bien aménagée, où l’on peut admirer des bateaux qui dansent sous le soleil. C’est vraiment très joli comme spectacle! Il me semble même entendre Gilbert Bécaud chanter « Le voilà, ton bateau blanc. Il va partir dans le soleil et dans le vent… »
Et, tournant le regard, comment ne pas être émerveillés à la vue de la très imposante et magnifique cathédrale qui domine la ville!
La cathédrale de Palma de Majorque, localement appelée « La Seu » est le plus grand édifice religieux de l'île de Majorque, et d'ailleurs le deuxième d'Espagne, par sa taille, après la cathédrale de Séville. Située au centre de Palma, non loin du rivage de la Méditerranée, au-dessus des fortifications médiévales, elle forme avec le palais voisin de la Almudaina, le symbole visuel de la cité, visible de toute la baie. Elle domine le paysage à tel point qu’elle vole la vedette, si je puis dire, à tout autre édifice de Palma.
Pour les amoureux d’histoire, sachez que c'est le roi d'Aragon Jacques Ier le Conquérant qui, après avoir repris l'archipel des Baléares aux musulmans, décida de faire démolir l'ancienne grande mosquée de Madina Mayurqa pour édifier en lieu et place une grande cathédrale dédiée à la Vierge Marie. La construction fut commencée en 1229, et la consécration eut lieu en 1346, cependant que les travaux se poursuivirent encore pendant de nombreuses années, pour trouver seulement leur fin en 1601.
L'édifice est colossal et se mesure aux plus grandes cathédrales européennes pour sa hauteur sous voûte : 44 m qui ne le cède en fait qu'à la Cathédrale de Beauvais et à celle de Milan, par contre elle dépasse celle de Cologne. Par ailleurs, sa longueur est inférieure à celle de la plupart des grandes cathédrales européenne : 121 m et elle est large de 55.
Le style est gothique dit « levantin », i.e. avec un toit presque plat, qui se distingue du modèle français classique. Le choix de ce style « levantin » lui donne un aspect tout à fait particulier et intéressant de sorte que, même moi, parfaite novice en architecture, il me semble que je la reconnaîtrais facilement parmi beaucoup d’autres.
Somme toute, ce premier contact avec Palma est tout à fait engageant pour la suite de la visite dans l’île.
Le car nous amène à 3 km du centre-ville de Palma, au château de Bellver situé sur une colline recouverte de pins surplombant la baie et une grande partie de l'île. Le nom Bellver signifiant « belle vue », vous devinez que de cet endroit, nous avons effectivement une vue superbe sur la ville et son port. Et comme nous sommes gâtés par une température idéale, tout contribue à faire de ce bref arrêt photo, un petit moment magique… d’autant plus agréable que nous croisons nos amis J et P qui ont droit également à cet arrêt avec leur tour.
Ce château de style gothique a été construit vers 1300 et combinait les fonctions de défense et de palais. C’est le roi Jacques II qui le fit construire pour y installer la résidence royale car, atteint de tuberculose, le roi souhaitait une résidence dans un endroit au climat salubre. L’architecte Predo Salvá en a dirigé la construction qui dura près de 40 ans pour en faire l’unique forteresse de forme circulaire d'Espagne, voire d’Europe.
Après avoir été la demeure des rois de l’île, au 19ième siècle, le château devint une usine de fabrication de pièces de monnaie. Actuellement, le château de Bellver abrite un musée provincial d’archéologie, de peinture et de numismatique.
Après cet arrêt photo, nous aurons droit à un arrêt shopping, et là, m’est revenu à la mémoire que les îles Baléares sont renommées pour la fabrication de perles de si excellente qualité que cela a contribué à la renommée mondiale des Baléares en ce domaine… de vraies belles « fausses » perles, quoi! La première usine perlière fut fondée, à la fin du 19ième siècle, à Manacor. Au fil du temps, l'industrie perlière se développa dans toute la ville et fit du nom « perles de Majorque » une garantie de qualité dans le monde entier. A cause de cette renommée, il est certain que le shopping de perles à Palma devenait un incontournable de l’excursion! De fait, plusieurs croisiéristes s’engouffrèrent dans la boutique à la recherche de la « fausse » perle rare qui aura l’air le plus « authentique » possible, tandis que d’autres, comme mon mari et moi, en profitèrent pour se balader quelque peu à la découverte de ce petit coin charmant de Palma.
Ensuite, nous voilà en route vers le village de Valldemossa qui se situe dans la vallée de la sierra de Tramontana, plantée d’oliviers et d’amandiers, riche en sources et entourée d'une végétation touffue et abondante.
Est-ce pour voir cette végétation que nous avions choisi cette excursion? Non! Bien entendu, nous sommes toujours satisfaits d’être entourés d’une nature luxuriante mais le but du tour est avant tout la visite du monastère de Valldemossa, la Chartreuse, « La Cartuja » en espagnol. Cet ancien monastère, à l’origine résidence royale, a été habité depuis 1399 par les moines Chartreux qui y restèrent jusqu’à la Révolution de 1835, date à laquelle le domaine fut sécularisé et les moines expulsés. Depuis le 19ième siècle, ce monastère est célèbre pour avoir hébergé plusieurs hôtes éminents dont le poète nicaraguayen Rubén Darío qui y fit une cure de désintoxication. L’écrivain et poète argentin, Jorge Luis Borges vécut également dans la ville avec sa famille. De nos jours, Valldemossa a la cote auprès des gens du cinéma dont l’acteur américain Michael Douglas et sa femme qui comptent parmi les personnalités les plus connues de l’endroit.
Mais, autant vous le dire tout de suite, ce n’était pas à cause de Michael Douglas que je voulais venir à Valldemossa, non, pas du tout. Je tenais à cette visite pour y faire un petit « pèlerinage » en souvenir des deux hôtes les plus célèbres qui séjournèrent au monastère, la Chartreuse, durant l’hiver 1838-1839, soit le pianiste compositeur Frédéric Chopin et l’écrivain George Sand dont je reparlerai un peu plus loin.
Mais, cette visite, comment s’est-elle déroulée? Eh bien, tout d’abord, lorsqu’on aperçoit Valldemossa au loin, on a l’impression d’un vieux village plein de charme et c’est bien vrai que le décor naturel tout autour du village est beau, sauvage et paisible. Cette paix nous accompagne tant que nous sommes assis confortablement bien au chaud dans le car. Mais, en descendant du car, nous sommes saisis par le froid!...vraiment, une grosse différence de température d’avec Palma.
Avec l’air vif, même glacial par moment avec l’effet du vent, et de plus, les gros nuages gris et noirs s’amoncelant dans le ciel, nous ne trouvons aucun moyen de nous réchauffer vraiment sous les rayons du soleil! C’est donc d’un pas alerte que nous suivons tous la guide à travers le village pour atteindre rapidement le monastère où nous espérons trouver un peu de chaleur. Dieu merci, par la suite, presque toute la visite se fera à l’intérieur de sorte que nous serons très peu importunés par le froid. Dommage toutefois pour l’occasion ratée d’une séance de photos car, avec une température clémente, j’imagine à quel point ce doit être agréable de s’attarder avec sa caméra dans ce superbe village si pittoresque.
A l’arrivée au monastère, après l’incontournable pause pipi, très rapide à cause du froid, nous nous hâtons tous de rejoindre la guide qui nous attend dans la chapelle. De style néoclassique, commencée en 1751 et bénite en 1812, la chapelle est décorée de fresques de Manuel Bayeu, beau frère de Goya et de peintures de Fray Joaquín Juncosa. Deux sculptures de Saint Bruno et Saint Jean-Baptiste sont de part et d’autre du maître-autel. Mais, ce qui retient le plus notre attention c’est une très belle Mater Dolorosa avec le corps de Jésus et la croix de la descente. L’ensemble est couronné par une image de «Santa Catalina Tomás», Sainte de Valldemossa très vénérée par les Pères Chartreux.
Puis, nous nous dirigeons vers l’ancienne pharmacie fondée par les moines au début du 18ième siècle et conservée telle que les anciennes pharmacies de cette époque; pots à pharmacie, bouteilles de verre, cornues et calebasses, balances, mortiers, piluliers, coffrets etc… C’est une toute petite pièce, mais ô combien intéressante ! Nous sommes obligés d’y passer que quelques-uns à la fois mais la guide est assez gentille pour laisser le temps à chacun de nous de s’y attarder quelque moment et vraiment, ça vaut la peine. Sur les étagères, une collection de 135 pots de céramique catalane à décors bleus, avec figures et motifs végétaux et animaux. Ils avaient la double fonction de contenir des médicaments solides (onguents et extraits) et de servir d’ornements à la boutique. Dans de beaux récipients de verre soufflé, fabriqués à Majorque, sont conservés encore aujourd’hui des restes d’huiles, de sirops et de philtres. Sur le mur de gauche, un grand tableau représentant les Saints médecins Côme et Damien préside la pharmacie. Cette pharmacie soigna les douleurs de la communauté religieuse et, après 1835, lorsque les moines Chartreux furent chassés, le moine apothicaire Frère Gabriel Oliver resta dans la pharmacie qui desservit jusqu’à la fin du 19ième siècle toute la contrée de Valldemosa.
Cette pharmacie servit à Chopin et George Sand en parle dans son récit autobiographique de leur séjour dans l’île intitulé « Un hiver à Majorque ». C’est en apprenant ce détail que j’ai vraiment l’impression de commencer mon petit « pèlerinage ». Et je suis d’autant plus heureuse d’être dans ce lieu que, en pensée, j’ai avec moi quelqu’un qui m’est très proche et que je sais être une grande admiratrice de Chopin et Sand. Je sais qu’elle serait sensible à l’atmosphère qui se dégage d’ici et j’essaie de vivre cette visite comme si j’étais elle.
En sortant à gauche, nous traversons le cloître pour nous diriger à la cellule du Prieur du monastère. Nous y entrons par la chapelle particulière, qui abrite des souvenirs de «Santa Catalina Tomas». L’endroit le plus intéressant, toutefois, est pour moi la bibliothèque qui était le lieu de réunion des Chartreux lors de la demi-heure hebdomadaire durant laquelle leur règlement leur permettait de parler. Elle recueille les livres et manuscrits des Chartreux, un triptyque de style flamand du 16ième siècle, un autre en ivoire du 15ième et une collection de céramiques espagnoles. Dans la salle d’audience où le Prieur recevait les visites, se trouvent des incunables d’astronomie, des comptes de Ramón Llull et des Lettres Royales. Mais, le plus intéressant pour mon mari et moi, c’est de jeter un regard particulier sur tous ces vieux livres pour voir de quoi il en retourne. Avec plaisir, nous constatons qu’on y trouve un peu de tout, sans porno bien sûr !, mais beaucoup de livres de sciences dont quelques-uns écrits en français tel celui intitulé « Recherches sur la quadrature du cercle » !
Nous continuons par le jardin et, malgré le froid à l’extérieur, nous nous y attardons quelque peu tant la vue est jolie.
Et enfin, arrive le moment que plusieurs d’entre nous attendent, celui où nous arrivons dans la cellule nº 2 dite cellule de Chopin et George Sand.
Il est impossible de tracer le portrait de ces deux êtres exceptionnels en quelques paragraphes, et tel n’est pas mon but d’ailleurs, mais je dois tout de même vous les présenter ne serait-ce que brièvement.
George Sand, de son vrai nom Aurore Dupin, est née à Paris en 1804. Elle a écrit des romans, des nouvelles, des contes, etc… et même des textes politiques. Sa vie et son œuvre évoluèrent au gré de ses passions qui furent très nombreuses. Personnalité très forte, elle était tout sauf banale, car elle a fait scandale par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine dont elle a lancé la mode, et par son pseudonyme masculin qu'elle adopte dès 1829, et dont elle lance aussi la mode. Chopin ne sera donc pas ni son premier ni son unique amour!
Frédéric Chopin, né en 1810, dans le Duché de Varsovie, est un compositeur et pianiste polonais de père français. Il est l'un des plus célèbres pianistes virtuoses du 19ième siècle et un grand compositeur de musique romantique. Ses très nombreuses compositions telles que mazurkas, valses, nocturnes, polonaises, préludes, etc., d'un caractère romantique tendre ou passionné, souvent mélancolique, ont rénové le style du piano dans le domaine de l'harmonie et de l'ornementation. Sa musique est encore aujourd'hui l'une des plus jouées de par le monde.
George Sand rencontra Chopin en 1836, et resta avec lui près de 10 ans, soit de 1838 à 1847. Au début de leur relation amoureuse, en 1838, Chopin était âgé de vingt-huit ans mais semblait bien plus jeune, George Sand avait trente-quatre ans. Leur liaison était assez compliquée semble-t-il. D'après les lettres de l’époque, l’amour de George Sand pour Chopin frôlait le « maternel », la bonté « pélicane » ; l’auteur parlait de « faire son devoir ». Tout cela tombait à merveille puisque Chopin, vu son état de santé très fragile, avait grand besoin de soins. Avec le temps et la maladie de Chopin, soit la tuberculose, leur relation devint chaste, pour finalement s'apparenter à une relation mère-fils. Ils restèrent ensemble neuf ans. George Sand avait deux enfants, Maurice, né en 1823, et Solange, née en 1828.
Pour la santé de son fils Maurice, et pour celle de Chopin, ils décident de passer l'hiver 1838-1839 sous un climat plus clément que celui de Paris et d’aller dans les Iles Baléares, accompagnés des enfants.
Le couple vivra d’abord dans la « maison du vent », une villa située à Establiments, pour 100 francs par mois. Désirant une retraite plus profonde et moins onéreuse, le couple ne mit pas longtemps à déménager pour un trois pièces avec un jardin dans la chartreuse même de Valldemossa.
Si l’enthousiasme pour la poésie de l’endroit domine le début de leur séjour, la mauvaise santé de Chopin, qui ne s’adapte pas au climat, ne supporte pas la nourriture du pays et n’est pas vraiment aidé par la médecine locale, oblige George à lui faire la cuisine, à le soigner. La femme, pendant cette période, s’occupera énormément de l’homme qu’elle aime. Le rôle « maternel » de la romancière se dessine peu à peu dans cette retraite.
L’image la plus exacte à garder de cette période de la relation des deux artistes est l'étape de grand travail qu'elle représente pour chacun, Chopin composant ici ses Préludes, ainsi que l'isolement oppressant de la chartreuse. Le temps est souvent exécrable et la population peu accueillante envers le couple. La guide nous raconte que George Sand essaya de faire passer Chopin pour l’un de ses enfants pour masquer le côté « scandaleux » que pouvait avoir leur relation amoureuse aux yeux de la population locale! De même, leur domestique les abandonne, jurant qu’ils sont pestiférés.
La lettre que George Sand écrivit à la comtesse Marliani, à l’époque de leur retour en France, est une source utile pour montrer l’état des deux amoureux à la fin de leur séjour: « Enfin, chère, me voici en France… Un mois de plus et nous mourrions en Espagne, Chopin et moi; lui de mélancolie et de dégoût, moi de colère et d’indignation. Ils m’ont blessée dans l’endroit le plus sensible de mon cœur, ils ont percé à coups d’épingles un être souffrant sous mes yeux, jamais je ne leur pardonnerai et si j’écris sur eux, ce sera avec du fiel. »
Comme le dira plus tard Guy de Pourtalès sur la lune de miel des deux artistes à la Chartreuse : « […] on pouvait se demander si la Chartreuse n’était pas une sorte de purgatoire, d’où Sand explorait les enfers tandis que le malade se sentait déjà monter vers le Ciel. »
Bref, il ne semble pas que ce voyage fut tout à fait un voyage de rêve!...du moins, à bien des égards. D’ailleurs, George Sand attendit quelque temps avant de se mettre à la rédaction de son récit « Un Hiver à Majorque » car elle désirait prendre du recul et retrouver son calme avant de relater son séjour.
Qui dit cellule, dit espace assez restreint ! Mais qu’importe, nous sommes tous intéressés par ce que nous voyons dans ce lieu. De fait, comme il s’agit de quelques petites pièces adjacentes les unes aux autres, cela aide à ce que la circulation du groupe soit assez fluide malgré l’exiguïté des lieux. On y voit des partitions originales et le piano majorquin de Chopin. C’est très touchant de voir de ses yeux le manuscrit d’ «Un Hiver à Majorque » ainsi que des portraits, des meubles et des lettres concernant leur séjour à la Chartreuse. On y trouve également des documents et souvenirs donnés aux fondateurs de cette cellule par Aurore Sand, petite-fille de l’écrivain ainsi que des décorations et des diplômes décernés par les gouvernements de Pologne et de France, à la Société Chopin de Varsovie ainsi que d’autres entités.
De la salle principale, décorée de meubles et tableaux des Chartreux, nous passons à celle où sont conservés les souvenirs de Chopin. Le 28 décembre 1838, treize jours après son arrivée à Valldemossa, George Sand écrit à la comtesse Marliani; «……Chopin joue sur un pauvre piano majorquin……» Et pourtant, Chopin composera sur ce piano l’une de ses oeuvres les plus emblématiques soit le prélude intitulé «La Goutte d’Eau».
Dans une niche, on peut voir aussi une collection de lettres originales autographes de Chopin dont celle adressés à J. Fontana le 28 décembre 1838. «Ma cellule en forme de grand cercueil a une énorme voûte poussiéreuse. Face à la fenêtre ( ….) un lit de camp».
Dans la vitrine, sont étalés une collection de partitions originales autographes de F. Chopin, parmi lesquelles les Etudes et Nocturnes, et quelques souvenirs personnels du musicien comme un peigne en ivoire, une mèche de cheveux etc...
Siège du Festival International Chopin, comme le rappelle la présence du piano Steinway, cette cellule reçoit des pianistes de renommée mondiale, d’où les nombreuses photos encadrées accrochées au mur.
La dernière salle nous montre des souvenirs de George Sand dont le manuscrit autographe de son livre «Un Hiver à Majorque ». Trois éditions de ce récit, publiées en 1841, 1842 et 1855. On y trouve également une collection de lettres autographes de George Sand. J’aime beaucoup aussi que l’on y trouve de beaux portraits de Georges Sand, originaux de Dubufe et Nadar.
Nous visiterons également la cellule de Chopin nº 4 au sujet de laquelle il est écrit que la distribution de la cellule est identique à celle de son temps.
C’est là que se trouve le piano Pleyel, reconnu de façon historique et officiel comme étant celui de Chopin, utilisé lors de son séjour à la Chartreuse et attendu avec tant d’impatience. «Mon piano n’est pas encore arrivé…. Je rêve de musique, mais je ne peux pas en faire car, ici il n’y a pas de piano, c’est, de ce point de vue là, un pays sauvage» écrit Chopin à son ami C. Pleyel le 21 novembre 1838. C’est avec ce piano qu’il composa les préludes op. 28, la ballade op. 38, la polonaise op. 40, le Scherzo op. 39. Face au piano, la lettre de Chopin à C. Pleyel; «cher ami, je vous envoie enfin mes préludes, que j’ai pu terminer sur votre piano, qui est arrivé dans les meilleurs conditions….» Un document de la maison Pleyel authentifie le piano.
Dans la pièce adjacente, nous pouvons voir dans la vitrine des documents conservés relatifs au séjour de Chopin et George Sand ainsi que plusieurs portraits de Chopin, sa famille et la maison de sa naissance.
Enfin, nous pouvons admirer le masque funéraire de Chopin et le moulage de sa main gauche, dont les originaux sont à Paris, la reproduction de la pierre tombale de Chopin, ainsi que le tableau du peintre Torcigliani du mausolée de Chopin, au cimetière parisien du Père Lachaise.
Voilà pour l’essentiel de cette visite consacrée à Chopin et George Sand.
Et pour terminer cette visite en beauté, nous aurons droit à un « mini concert » où un excellent pianiste interprètera quelques pièces très connues de Chopin. Joli moment apprécié de tous et jolie façon de terminer une visite aussi intéressante.
En revenant à la réalité, soit en sortant pour reprendre le car, le vent est plus glacial que jamais et la pluie s’est mise de la partie de sorte qu’il n’y a pas de traînard pour retarder le groupe, je peux vous l’assurer! Mais, peu importe cette température car nous avions été ravis par cette excursion.
En arrivant à Palma, les gros nuages sont toujours là et c’est sous un ciel très gris que nous quitterons Palma, l’Equinox mettant le cap sur Cartagena que nous devrions atteindre le lendemain matin.
Relativement aux conditions du voyage de Chopin et George Sand à Majorque, j’ai trouvé le texte qui suit sur internet et je le trouve si intéressant que je le rapporte tel quel :
« En cet hiver de 1838, George Sand s'était liée depuis peu au compositeur Frédéric Chopin. La santé de ce dernier étant chancelante, la romancière décida de passer l'hiver dans l'île de Majorque, dont on lui avait récemment vanté la température clémente.
Les Majorquins étaient sous le joug des Espagnols qui leur soutiraient toutes leurs richesses et les empêchaient de faire du commerce. Voyant que le fruit de leur travail leur était dérobé, les majorquins se laissaient vivre et se démenaient le moins possible. Ils devinrent sauvages et hostiles à tous les étrangers. Puis les Espagnols consentirent à ce qu'ils fassent le commerce du cochon. L'animal devint l'objet de toutes les attentions des Majorquins. C'est à la suite de cette ouverture que George Sand devint la première touriste des Baléares !
Au grand désespoir de son éditeur François Buloz, elle n'accepta de relater son voyage que trois ans après son retour, car elle était très choquée par l'accueil que lui avaient réservé les Majorquins et il lui répugnait de trop médire d'eux. Cependant le sentiment de l'humiliation était encore très vivace trois ans plus tard. Les ennuis commencèrent dès le voyage en bateau, où l'équipage s'intéressait plus à sa cargaison de cochons qu'au confort de ses passagers. A Palma, George Sand et sa petite famille eurent de grandes difficultés à trouver un logement car la ville était envahie par une horde de soldats espagnols. De plus, l'aspect souffreteux de Frédéric Chopin rebutait les éventuels logeurs. Ils le soupçonnaient d'être phtisique (tuberculeux) et ils pensaient que cette maladie était contagieuse. George Sand en fut révoltée car, pour elle, Chopin ne souffrait que d'une laryngite. D'autre part, l'aspect contagieux de la tuberculose ne fut démontré qu'en 1865, par Villemin. Un propriétaire accepta enfin de prêter une maison aux voyageurs. Tout s'y passa bien tant qu'il fit beau. Ils visitèrent les beaux monuments de la ville de Palma. Les ruines d'un monastère de l'Inquisition amenèrent une réflexion à George Sand: faut-il regretter les beautés architecturales d'un monument symbole d'une dictature ou est-il préférable de se réjouir de sa destruction et de la libération des êtres qui y étaient détenus ?
Brutalement, le temps devint maussade et comme certaines parties de la maison n'avaient pas de fenêtres, la santé de Chopin se détériora. Les locataires furent sommés de quitter les lieux, de tout nettoyer et d'acheter tous les objets qu'ils avaient utilisés. Par bonheur, un logement se libéra à l'intérieur de l'île, dans la Chartreuse de Valldemosa, mais le chemin escarpé qui y menait était très dangereux. La Chartreuse était située dans un lieu enchanteur. Le paysage était sauvage et romantique. Les habitants, eux aussi, avaient quelque chose de sauvage et de particulièrement inamical. George Sand pensait qu'ils étaient affectés par leur environnement.
A la Chartreuse, les voyageurs furent accueillis par une certaine Maria-Antonia qui s'empressa de leur prêter des ustensiles de cuisine. Mais dès qu'ils eurent fait à manger, Maria-Antonia dévora dans leurs plats. Ces emprunts de nourritures, drôles au début, devinrent vite gênants quand les vivres vinrent à manquer. En effet, les paysans rechignaient à leur vendre de la nourriture et leur demandaient toujours des prix exorbitants. Ne pouvoir alimenter Chopin correctement, alors qu'il était malade, devint une angoisse permanente pour George Sand.
La visite de la Chartreuse, qui était une immense bâtisse, fit réfléchir la romancière sur ce qu'était devenue la vie monastique à travers les âges : les voeux de pauvreté et de tempérance des origines s'étaient transformés en paresse et en gourmandise. Dans son roman "Spiridion", que George Sand écrivit en partie à Majorque, elle évoque ce problème. L'oeuvre est aussi imprégnée des délires fantastiques que provoqua la beauté sauvage de l'île de Majorque dans l'esprit de la romancière.
La seule habitante de l'île qui laissa un bon souvenir à George Sand était une jeune fille de seize ans nommée Périca. En la rencontrant au détour d'un chemin, la romancière la prit pour une fée. Périca la conduisit dans un lieu magique qui surplombait la mer. George Sand s'y sentit pousser des ailes et manqua de mettre sa vie en danger à la grande frayeur de ses enfants.
Dès que le temps s'améliora, les voyageurs s'empressèrent de quitter l'île malgré le très mauvais état de santé de Chopin. Sur le bateau français qui les reconduisait vers leur pays, George Sand et sa famille furent touchées par l'accueil amical et attentionné de l'équipage et se sentirent déjà chez eux."
Pour les photos :
http://picasaweb.google.fr/oum1947/33Novembre2009Majorque#
2010. 14 jours à bord de l’Amsterdam de HAL. Alaska.
SEATTLE - PASSAGE INTÉRIEUR – KETCHIKAN – SITKA – SKAGWAY - BAIE DES GLACIERS – ANCHORAGE – HOMER – KODIAK - GLACIER HUBBARD – JUNEAU - VICTORIA
http://www.lemondedescroisieres.com/viewtopic.php?t=4838
2009. 28 jours à bord de l’Equinox de Celebrity. Méditerranée orientale et traversée de l’Atlantique.
ROME – ATHÈNES – RHODES – ÉPHÈSE – HAÏFA – JÉRUSALEM – ALEXANDRIE(LOUKSOR, KARNAK et CAIRE) – NAPLES – MARSEILLE – BARCELONE – PALMA DE MAJORQUE – CARTHAGÈNE – LANZAROTE – TENERIFE – FORT LAUDERDALE
http://www.lemondedescroisieres.com/viewtopic.php?t=4328
2009. 28 jours à bord de l’Eurodam de HAL. Traversée de l’Atlantique et Baltique.
FORT LAUDERDALE – LES AÇORES – LISBONNE – BILBAO – LE HAVRE – HARWICH – ROTTERDAM – COPENHAGUE – WARNEMÜNDE – TALLINN – SAINT-PÉTERSBOURG – HELSINKI – STOCKHOLM – KIEL - COPENHAGUE
http://www.lemondedescroisieres.com/viewtopic.php?t=4047
2007. 12 jours à bord du Century de Celebrity. La Norvège incluant le soleil de minuit au Cap Nord.
AMSTERDAM – ÅLESUND - PASSAGE AU LARGE DES ILES LOFOTEN - ALTA – HONNINGSVÅG(CAP NORD) – MOLDE – OLDEN – BERGEN - AMSTERDAM
http://www.lemondedescroisieres.com/viewtopic.php?t=3812
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